De notre envoyée spéciale en Floride,
La Floride est un swing state, c’est-à-dire un Etat qui vote tantôt républicain tantôt démocrate. Et les changements d’humeur de l’électorat hispanique et notamment cubain y font déjà son œuvre, alors que l’électorat républicain doit désigner ce mardi son candidat à la présidentielle de novembre contre Barack Obama.
Le choix de cette frange de l’électorat sera même déterminant pour l’avenir du pays. C’est en tout cas au bas mot ce qu’a confié Alci Maldonado, le directeur de l’Assemblée républicaine hispanique au quotidien du Massuchussett Le Boston Globe. «As the Hispanic vote goes, Florida will go. And as Florida vote goes, the country will go.» «La Floride vote comme les Latinos. Et le pays vote comme la Floride.»
Les Cubains eux-mêmes sont assez surpris de voir l’intérêt qu’ils suscitent de la part des médias comme des politiques. C’est en tout cas ce qu’expriment les plus anciens, installés dans le restaurant cubain le plus célèbre de Floride, Le Versailles, en plein centre de Miami. Un groupe de dissidents célèbres, la soixantaine bien sonnée y siège tous les jours, autour d’une table, toujours la même qu’ils ont baptisée le «Capitolio cubano», soit «le Capitol cubain». Eugenio R. Martinez qui a fui l’île pour échapper à une condamnation à quarante ans de prison pour avoir collaboré avec la CIA s’exclame: «Depuis que je suis en âge de comprendre ce qui se passe à Cuba, je veux que le régime tombe. Le seul président qui ait agi correctement a été Kennedy et il était démocrate. Depuis, je n’ai pu voter que pour des républicains. Assouplir les relations avec Fidel, c’est collaborer avec la dictature!» Tant il est représentatif d’un état d’esprit, Norman Mailer a ressenti le besoin d’écrire sa vie.
Les amis d’Eugenio ne sont pas moins hauts en couleur. L’un d’entre eux raconte qu’il a débarqué sur le sol américain avec l’Opération Pedro Pan, en 1960, comme 14.000 enfants cubains dont les parents voulaient empêcher qu’on ne les envoie dans les camps d’entraînement en URSS. Tous sont républicains et n’envisagent pas une seule seconde de voter pour Barack Obama en novembre. Leur préférence pour Newt Gingrich et non Mitt Romney trouve son fondement dans le fait que selon eux, «il a plus de chance de gagner». Un des membres de la vieille garde du Versailles, devenu banquier et gros comme une caricature d’Américain s’exclame, sûr de lui: «Newt est le plus éloquent et Mitt est mormon, il ne pourra décemment pas battre Obama.»
Tous se vantent du fait que leurs enfants vont les suivre, sont enregistrés sur les listes républicaines et ne laisseront pas tomber le flambeau de la lutte contre le régime de Fidel.
De fait les deux meilleurs candidats à la nomination républicaine ont bien compris ce qu’ils avaient à faire pour courtiser cet électorat. Ils ont tous deux rivalisé de déclaration de fermeté, laissant penser qu’ils seraient, chacun le plus à même de participer à la chute de Raul et Fidel. Reste à savoir si les Cubains-Américains qui votent républicain auront été davantage convaincus par les critiques de Romney sur la mansuétude d’Obama à l’égard du régime ou par un Newt Gingrich à la traine dans les sondages qui promet: «En cas de soulèvement, d’être présent pour soutenir le peuple.» Réponse mardi soir…