Candice Ahnine-Cohen: «Mon objectif, c'est de récupérer ma fille, et je n'arrêterai jamais»

INTERVIEW Cette Française se bat depuis plus de 3 ans pour que sa fille, Aya, 10 ans, enlevée en 2008 par son père, lui soit rendue. Elle raconte son histoire à «20 Minutes»...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Candice Ahnine-Cohen se bat depuis plus de 3 ans pour que sa fille, Aya, 10 ans, enlevée en 2008 par son père, lui soit rendue.

Candice Ahnine-Cohen se bat depuis plus de 3 ans pour que sa fille, Aya, 10 ans, enlevée en 2008 par son père, lui soit rendue. — Alexandre Gelebart / 20 Minutes

Que s’est-il passé en septembre 2008?

Je passais quelques jours en Arabie Saoudite pour que ma fille Aya, 7 ans alors, puisse voir son père, Saddam, un prince saoudien membre de la famille royale. Mais, dès mon arrivée, ma fille m’a été enlevée, tout comme mon passeport, et j’ai moi-même été enfermée. J’ai subi des sévices physiques et psychologiques, j’étais à peine nourrie, je devais peser 48kg à l’époque. J’ai pu m’échapper et j’ai cru trouver de l’aide à l’ambassade de France. Mais la consule m’a conseillé de retourner au palais, ce que j’ai fait.

Sur le chemin du retour j’ai acheté un téléphone portable pour constituer des preuves et mobiliser les gens. J’ai passé plus de sept mois enfermée. Le Quai d’Orsay est finalement intervenu. J’ai passé 3 mois à l’ambassade car le gouvernement saoudien refusait de me rendre mon passeport et de me laisser rentrer. Ils ont failli me jeter en prison car j’ai été accusée d’être une musulmane convertie au judaïsme, un crime passible de mort selon la loi islamique. J’ai finalement pu être exfiltrée en juin 2009 mais sans ma fille.

Pourtant, vous en voulez aux autorités françaises…

Oui, parce que je n’ai pas reçu l’aide qu’on peut attendre de l’État en tant que citoyenne française. Ma première désillusion a eu lieu lorsque la consule m’a dit de retourner au palais. Puis, lorsque j’étais à nouveau enfermée, elle m’a rendu visite, mais pour me faire signer un document d’abandon d’enfant au prétexte que je n’avais pas les moyens financiers d’élever ma fille! J’ai eu, a posteriori, connaissance d’échanges entre l’ambassade à Ryiad et le ministère à Paris, où on me qualifie de folle qui cherche à kidnapper sa fille pour la ramener en France.

La découverte de ces télégrammes m’a mise en colère, car j’ai compris qu’ils jouaient double-jeu: d’un côté on me passait de la pommade, mais en fait ils cherchaient à retarder au maximum la procédure. Ils m’ont même mis dans les pattes une avocate qui n’a pas déposé de plainte alors que je pensais que cela avait été fait! Cerise sur le gâteau, un conseiller de la nouvelle ministre des Affaires Étrangères, Michèle Alliot-Marie, m’a conseillé d’oublier Aya et de refaire ma vie.

Pourquoi décidez-vous aujourd’hui de rendre votre histoire publique?

J’ai joué le jeu de la négociation, via une médiation internationale entre les ministères des Affaires Étrangères français et saoudiens, or, lorsqu’on est en cellule de crise on vous dit de ne pas rendre votre histoire publique, pour laisser de la place à la négociation. Je croyais vraiment que cela allait fonctionner, mais cette médiation n’a rien donné. Aujourd’hui, je dois raconter mon histoire, je n’ai plus le choix. Je crois en la presse, je sais que de nombreux parents me soutiennent dans mon combat, comme en témoignent les messages de soutien que j’ai reçus. La justice française m’a donné raison le 12 janvier en condamnant Saddam pour soustraction d’enfant, et en me confiant la garde d’Aya.

Quelles vont être les suites judiciaires?

J’ai l’intention de continuer ma bataille. Je n’abandonnerai pas. Ce jugement est une grande victoire pour moi, mais je doute qu’Aya me sera rendue facilement. Si Saddam décide de ne pas se plier à la décision de justice, je suis prête à aller au-delà, à saisir les juridictions internationales, et j’espère que, dans ce cas, un mandat d’arrêt international sera lancé contre lui.

Que comptez-vous faire d’autre?

J’ai plusieurs projets pour que mon histoire ne tombe pas dans l’oubli. J’ai écrit un livre (Rendez-moi ma fille, éd. L’Archipel), ouvert un site Internet, et je vais par exemple créer des bracelets pour que ceux qui se sentent concernés puissent aller les accrocher à l’ambassade d’Arabie Saoudite. J’ai été contactée par les Etats-Unis pour faire un film. Je veux que cette affaire soit connue partout dans le monde. Mon objectif, c’est de récupérer ma fille, et je n’arrêterai jamais. Je ne sais pas quand et dans quel état je récupérerai ma fille, mais je ne peux pas l’abandonner comme ça.