Arrêté au lendemain du naufrage de son bateau, Francesco Schettino a été placé en résidence surveillée en raison de «risque de fuites», selon le parquet. Accusé d’homicides multiples et d’abandon du navire, il est accablé par tous: les passagers, l’équipage, la compagnie Costa Croisière. 20 Minutes passe en revue ce qui est reproché au commandant du Costa Concordia.

Il s’est approché beaucoup trop près des côtes pour faire plaisir à un collègue

«Antonello, viens voir, nous sommes tout près de ton Giglio!» Selon le journal Il Corriere della Sera, c’est pour faire plaisir au chef des serveurs de son bateau, originaire de l’île de Giglio, que Francesco Schettino s’est tant approché des côtes avec le Concordia. Une histoire confirmée par le père d’Antonello Tievoli, qui a indiqué à Reuters que son fils lui avait téléphoné avant le drame pour le prévenir que l’équipage le saluerait à coup de sirène en passant à proximité de l’île. Quand le serveur est monté sur le pont et s’est penché sur le bastingage, il a vu les côtes s’approcher dangereusement. «Attention, aurait-il soufflé au commandant, nous sommes très près du rivage.» Trop tard. 

Il a donné l’alerte très tard

Alors que le choc entre le paquebot et le rocher a eu lieu vers 21h40, le commandant n’a donné l’alerte qu’à 22h42. La capitainerie du port l’a joint à quatre reprises durant ce laps de temps pour demander si tout allait bien. Francesco Schettino a alors assuré qu’il ne s’agissait que d’un problème électrique, et que tout était sous contrôle.

Il a mal géré l’évacuation

Avant de se décider à donner l’alerte, Francesco Schettino a mis en œuvre une série de manœuvres «conduites irrationnellement», a indiqué un garde-côte de l’île du Giglio au Figaro. Le commandant a ainsi demandé aux autorités portuaires un cordage afin de tirer le bateau jusqu’au port. Une idée extravagante pour un navire gigantesque, long de 290 mètres. Selon l’agence italienne Ansa, l’équipage du bateau s’est en quelque sorte mutiné face à tant d’incohérences, pour organiser l’évacuation des 4.200 passagers sans en recevoir l’ordre.

Il a abandonné son navire

Selon des témoignages, Francesco Schettino a été vu sur le rivage à 23h40, soit deux heures après l’impact entre son bateau et le rocher, une heure après avoir donné l’alerte et… six heures avant que les derniers passagers ne soient secourus. Un enregistrement, contenu dans les boîtes noires saisies par les enquêteurs, confirme cet abandon précoce. A 00h42, Francesco Schettino indique au téléphone à la capitainerie: «Nous ne pouvons plus monter à bord, car le navire est en train de se cabrer côté poupe [arrière]». «Commandant, vous avez abandonné le bateau?», l’interroge, surpris, l’officier. «Non, non, évidemment que non», lui assure alors Schettino.

A 1h46, la capitainerie intime à plusieurs reprises par téléphone au commandant de «remonter par l’échelle de secours», d’«aller à la proue» et de «coordonner l’évacuation». En vain. «Remontez à bord, putain!», insiste l'officier. «Vous vous êtes peut-être sauvé de la noyade, mais je vais vous faire beaucoup de tort. Vous allez avoir beaucoup d'ennuis», avertit ensuite son interlocuteur, lors de cet échange musclé, que se sont procurés des médias italiens et que Lepoint.fr a sous-titré. Le commandant risque 12 ans de prison pour ce seul délit. Francesco Schettino nie cependant avoir abandonné le navire, a indiqué son avocat ce mardi après-midi.