Amnesty International organisait hier à Paris une conférence aux côtés de deux anciens détenus de Guantanamo.
Amnesty International organisait hier à Paris une conférence aux côtés de deux anciens détenus de Guantanamo. - A. GELEBART / 20 MINUTES

Faustine Vincent

«Chaque année, quand arrive l'anniversaire de Guantanamo, je pense aux jours, aux semaines, aux mois passés là-bas. Pour moi, la torture a duré huit ans. » Huit ans pendant lesquels Saber Lahmar, un ancien prisonnier de la base américaine à Cuba accueilli en France à la fin 2009, a été détenu sans avoir été inculpé, ni jugé. Huit ans pendant lesquels il a été torturé à l'électricité, battu, privé de sommeil, soumis à l'isolement, ou encore aux simulations de noyade.

«Les chiens, le sang, la torture»
Arrêté en octobre 2001 en Bosnie alors qu'il travaille comme professeur dans un centre islamique, ce ressortissant algérien est soupçonné d'avoir voulu organiser un attentat contre l'ambassade américaine à Sarajevo. Son dossier est vide. Il faudra pourtant près de neuf ans pour que Saber Lahmar soit innocenté et libéré. De ces années, il garde en mémoire l'image de son arrivée au camp : « Les chiens, tout le monde qui crie, qui pleure, le sang, la torture… Et les gens comme des moutons. Tu ne peux même pas imaginer qu'un tel monde existe », souffle-t-il. Sa libération n'a pas mis fin au cauchemar. Sans travail, privé de passeport – les autorités algériennes le lui refusent –, il ne peut pas se rendre en Bosnie, où sont restés sa femme et ses deux enfants, et vit à Bordeaux dans un logement prêté par une association. « Depuis deux ans, il n'a eu aucun contact avec les autorités françaises, qui lui avaient pourtant promis de tout mettre en œuvre pour l'aider à se réinsérer », explique son avocat, Christian Blazy, qui réclame une indemnisation pour les huit ans passés sur la base américaine. Incapable de se projeter dans l'avenir, Saber Lahmar vit isolé par peur du regard des autres – « beaucoup de gens croient que les anciens prisonniers de Guantanamo sont des terroristes… » – tout en caressant l'espoir de retrouver, un jour, « une vie normale ».

Accueil La France a accueilli deux anciens détenus algériens de Guantanamo, Saber Lahmar et Lakhdar Boumediene, et rapatrié sept Français. Par ailleurs, le Quai d'Orsay assure n'avoir « pas connaissance » d'un accord financier entre Paris et Washington pour indemniser d'anciens détenus, ce que soutient l'avocat de Saber Lahmar, Me Christian Blazy.