Le petit guide des primaires républicaines

POLITIQUE Candidats, délégués, mode de scrutin... Quelques clés pour s'y retrouver...

Philippe Berry

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Les candidats à l'investiture républicaine, de gauche à droite et de haut en bas: Rick Perry, Mitt Romney, Newt Gingrich, Jon Huntsman. Michele Bachmann, Rick Santorum, Ron Paul et Herman Cain. Les candidats grisés ont abandonné.

Les candidats à l'investiture républicaine, de gauche à droite et de haut en bas: Rick Perry, Mitt Romney, Newt Gingrich, Jon Huntsman. Michele Bachmann, Rick Santorum, Ron Paul et Herman Cain. Les candidats grisés ont abandonné. — PHOTOS AP/SIPA / PHOTOMONTAGE 20 MINUTES

De notre correspondant à Los Angeles

Ils étaient dix, mais il ne peut en rester qu'un. Du premier scrutin, dans l'Iowa, mardi, jusqu'à la convention de Tampa, la semaine du 27 août, les républicains choisissent leur champion. Sa mission: déloger le gauchiste Obama de la Maison Blanche et restaurer la grandeur des Etats-Unis, au nom de Dieu le père, Ronald Reagan. Mais parce que tout le monde n'a pas regardé l'intégrale de la série The West Wing, un retour sur un processus bien plus complexe que chez les socialistes français s'impose.

Les candidats

Ils étaient dix, ils ne sont plus que quatre et demi. Gary Johnson et Tim Pawlenty ont jeté l'éponge sans même vraiment combattre. Le roi de la pizza, Herman Cain, n'aura pas survécu aux accusations de ses présumées maîtresses. La porte-étendard du Tea Party, Michele Bachmann, a réalisé avec ses 5% dans l'Iowa qu'elle ne serait pas la Sarah Palin de 2012. Cain et Bachmann ont «suspendu» leur campagne. Rick Perry, un temps vu comme le favori, a pris un coup sur la tête, ne terminant que 5e, avec 10% des voix, malgré quatre millions de dollars dépensés en spots télévisés, contre... 22.000 dollars pour Rick Santorum. Abattu, Perry part se ressourcer et «faire le point» au Texas. Il est quasi-out. Le modéré Jon Huntsman va tenter d'exister dans le New Hampshire mais il ne fera pas long feu. Au final, la course va se jouer entre quatre hommes: Mitt Romney, le favori, victorieux d'un cheveu dans l'Iowa; Rick Santorum, la surprise, drague les chrétiens ultraconservateurs; Ron Paul, le libertarien, a un coup à jouer dans les Etats favorisant les campagnes de terrain; et Newt Gingrich, le vieux briscard, sans doute le mieux placé pour contester la suprématie de Romney sur la distance.

Qui vote, comment?

Là, il faut au moins une thèse en cuisine politique US pour s'y retrouver. Parce qu'un New York-Los Angeles, c'est un peu plus long qu'un Lille-Marseille, les votes, Etat par Etat, sont étalés sur six mois pour permettre aux candidats d'y faire campagne. On compte deux grands types de scrutin: le caucus (dans un tiers des Etats) et la primaire (dans deux tiers), avec de nombreuses variantes:

  • Le caucus est un rassemblement populaire, avec un mode opératoire qui tient davantage de l'élection du délégué de classe que du président de la république. Des représentants des candidats tentent un pitch de dernière minute pour convaincre les indécis. Le vote peut avoir lieu à bulletin secret, mais le plus souvent, cela se fait à main levée ou en se rassemblant par petits groupes.
  • La primaire ressemble davantage à ce que les socialistes font en France, via un vote à bulletin secret ou sur machine.
  • Certains scrutins ne sont ouverts qu'aux militants encartés. Dans d'autres, tout le monde, républicains, démocrates ou indépendants, peut venir voter.

Les délégués

La désignation du candidat ne se fait pas par un scrutin direct. Le parti républicain assigne à chaque Etat un nombre de délégués plus ou moins proportionnel à la population. On en compte 2.286 au total. En fonction de leur score, les candidats se les partagent dans chaque Etat. Les gros lots: la Californie (172 délégués), le Texas (155) et New York (95). Ces grands électeurs votent ensuite lors de la convention républicaine, qui se tiendra à Tampa, en Floride, la semaine du 27 août. Plusieurs subtilités importantes:

  • Une première grosse moitié des scrutins a lieu à la proportionnelle, afin de permettre à plusieurs candidats d'exister. Après le 1er avril, la plupart des Etats opéreront en revanche sur le mode «winner takes all», où le vainqueur rafle tous les délégués. Par rapport à 2008, on compte davantage d'Etats à la proportionnelle, ce qui devrait offrir une course plus longue, avec davantage de suspense. L'appareil républicain estime que cela oblige les candidats à mettre en place des équipes de terrain partout, ce qui sera vital lors de l'élection face à Obama.
  • Il y a deux principaux types de délégués: pledged et unpledged. Les premiers doivent voter pour le candidat choisi par les électeurs. Les seconds peuvent changer d'avis lors de la convention. Quand un candidat jette l'éponge, il peut officiellement appeler à soutenir un rival, mais ses délégués ne sont pas obligés de le suivre.
  • Certains Etats, comme la Floride, ont été punis par le comité national républicain et ont vu le nombre de leurs délégués divisé par deux. La raison: ils ont avancé leur scrutin, afin de lui donner davantage d'importance.

1.144, le nombre magique

C'est le nombre de délégués nécessaires pour atteindre la barre des 50% à la Convention.

Super Tuesday, le tournant

Le «super mardi», c'est le 6 mars. Dix Etats voteront d'un coup, pour attribuer en une soirée 438 délégués, contre 345 au cours des deux mois précédents. En général, cela réduit la course à deux candidats.

Et les «super délégués»?

Ils ne sont que 132, des élus et des cadres du parti dont le vote n'est pas lié à un scrutin populaire. Ils sont donc courtisés directement par les candidats (souvent contre la promesse d'un poste de cabinet ou d'une faveur pour leur Etat). Chez les républicains, cette année, ils ne représentent que 5% du nombre total de délégués, contre 20% chez les démocrates en 2008. Leur rôle sera donc moins important.

Une Convention indécise est-elle possible?

Complètement, même si les républicains espèrent l'éviter. Si Romney n'arrive pas à distancer ses adversaires et se trouve en concurrence avec Gingrich, Paul et Santorum pourraient jouer les faiseurs de roi. Ils pourraient négocier leur soutien, par exemple contre le poste de vice-président. Cela donne en général lieu à des guerres fratricides, comme entre Reagan et Ford en 1976. Ford avait fini par l'emporter, avant de s'incliner contre Carter.

L'argent, le nerf de la guerre

C'est le plus gros changement par rapport à 2008. Par une décision de la Cour suprême de 2010, des groupes privés et des syndicats peuvent désormais financer des spots télévisés pour des candidats, sans aucune limite. De nombreux PACs (comités d'action politique) ont donc été mis en place, certains pilotés par d'éminents stratèges, comme Karl Rove. Dans l'Iowa, Mitt Romney a par exemple simplement dépensé 1,5 million de dollars de ses propres deniers et reçu près du double des PACs. New Gingrich, lui, a dépensé 1 million de dollars mais n'a reçu que 200.000 dollars des PACs. Leur rôle, dans la primaire, comme dans l'élection générale, sera crucial.