Le régime de Vladimir Poutine était sous pression dimanche, au lendemain des manifestations sans précédent de l'opposition russe contestant la victoire aux législatives de son parti Russie Unie, des experts y voyant un véritable défi pour les dirigeants du pays.
Le régime de Vladimir Poutine était sous pression dimanche, au lendemain des manifestations sans précédent de l'opposition russe contestant la victoire aux législatives de son parti Russie Unie, des experts y voyant un véritable défi pour les dirigeants du pays. - Olga Maltseva afp.com

© 2011 AFP

Les dirigeants russes n'avaient pas réagi dimanche aux manifestations sans précédent la veille de l'opposition contestant la victoire du parti de Vladimir Poutine aux législatives du 4 décembre, alors que des experts y voient un véritable défi pour le régime.

Ce mouvement d'une ampleur jamais vue depuis l'arrivée au pouvoir en 2000 de l'ex-agent du KGB a réuni samedi à Moscou de 50.000 à 80.000 personnes selon des estimations indépendantes (25.000 selon la police) et plusieurs milliers de manifestants dans une cinquantaine de villes du pays. Ces manifestations ont été organisées pour dénoncer les fraudes qui, selon l'opposition, ont permis au parti au pouvoir Russie unie de remporter les législatives.

Mobilisation exceptionnelle

Le gouvernement russe n'a aucun commentaire à faire à ce sujet, a déclaré le porte-parole de M. Poutine, Dmitri Peskov, au principal site russe d'information en ligne, gazeta.ru.

La seule réaction officielle jusqu'ici à la plus grande manifestation d'opposition à Moscou depuis les années 1990 a été celle d'un responsable du parti au pouvoir Russie unie, Andreï Issaïev, estimant que ce n'était "pas beaucoup pour une ville de plusieurs millions d'habitants". "Néanmoins, nous allons analyser soigneusement ce qui a été dit et les motifs de mécontentement (des manifestants)", a-t-il ajouté.

La mobilisation a été exceptionnelle à la manifestation à Moscou où les rassemblements d'opposants -- pour la plupart non autorisés -- réunissaient jusqu'à présent en général quelques centaines de personnes.

Modération des forces de l'ordre

Alors qu'elles avaient observé un black-out depuis le début de la contestation, des chaînes de télévision contrôlées par l'Etat russe ont ouvert leurs journaux sur ce sujet samedi soir.

"Je n'arrive pas à y croire! Ont-ils vraiment décidé de parler de ça?", peut-on lire sur un compte Twitter de la chaîne publique Pervyi Kanal.

Selon une source au Kremlin citée par gazeta.ru, cette décision aurait été prise par le président Dmitri Medvedev qui aurait également donné pour instruction à la police de Moscou de se comporter avec modération.

La manifestation dans la capitale s'est achevée sans la moindre interpellation alors que des dizaines de personnes ont été appréhendées dans d'autres villes du pays.

Organisation de nouvelles élections

L'un des leaders de l'opposition qui organise la contestation, l'ancien ministre Boris Nemtsov, a indiqué dimanche à la radio Kommersant FM que de nouvelles manifestations étaient prévues les 17, 18 et 24 décembre.

"Nous allons poursuivre notre mouvement de protestation tant que nos exigences ne seront pas satisfaites", a déclaré M. Nemtsov.

L'opposition réclame l'organisation de nouvelles élections et la libération des personnes condamnées à des peines allant jusqu'à 15 jours de prison après avoir été interpellées lors des premières manifestations organisées à Moscou et Saint-Pétersbourg au lendemain du vote.

Crise politique grave

Ces élections sont "la goutte d'eau qui a fait déborder le vase", après le mécontentement grandissant de la population face aux injustices et à la corruption, estime Evgueni Gontmakher, de l'Institut du développement contemporain.

"Les gens ont pris goût aux manifestations de masse et sont prêts à se mobiliser à nouveau à tout moment et pour n'importe quel prétexte", ajoute l'expert.

Cette mobilisation intervient à moins de trois mois de la présidentielle du 4 mars, à laquelle Vladimir Poutine a annoncé son retour au Kremlin où il pourrait rester théoriquement jusqu'en 2024 après avoir y avoir déjà passé huit ans (2000-2008).

"Il n'y a plus aucune confiance envers les dirigeants, c'est une crise politique grave", avertit Alexeï Malachenko, expert au Centre Carnegie de Moscou. "Si l'élection présidentielle avait lieu demain, Poutine aurait très peu de voix".