La grotte de Jeita, au Liban, figure parmi les candidats au palmarès des 7 merveilles de la nature.
La grotte de Jeita, au Liban, figure parmi les candidats au palmarès des 7 merveilles de la nature. - RAWAN / Rex Features/REX/SIPA

David Hury

De notre correspondant au Liban,

«Envoyez JEITA par sms au 1070!» Dans la multitude de messages publicitaires qui abreuve les téléphones portables libanais, celui-là arrive certainement en numéro 1. Une véritable hystérie patriotique agite le Liban depuis des semaines, qui oublie par la même occasion les affres de la Syrie voisine et les incidents à sa frontière. La raison en est simple: la grotte de Jeita, l’un des principaux sites touristiques libanais, figure parmi les 28 sites sélectionnés pour faire partie des «7 nouvelles merveilles de la nature». Mieux encore, Jeita serait aux portes du Top 7, entre les places 8 et 10. Alors, dans ces dernières heures, la mobilisation ne faiblit pas.

Tout le monde s’y est mis: la société civile s’organise via les réseaux sociaux et surtout Facebook (une page est même prévue pour les Libanais de France), le ministre libanais du Tourisme a proposé des transports gratuits à l’attention des travailleurs immigrés pour que ceux-ci visitent le site et votent ensuite, les stars de la chanson arabe comme Nancy Ajram ou le président de la République Michel Sleimane ont visité la grotte avec une armée de cameramen, une compagnie de téléphonie mobile a offert 100.000 SMS en soutien, une page Web a également été créée sur le site Causes.com... A moins de 24 heures de la clôture des votes (vendredi 11 novembre à 12h, heure de Paris), l’accession de la Grotte de Jeita au statut de «merveille de la nature» est donc devenue une cause nationale. «Jeita n’a plus que 9 concurrents, se réjouissait dimanche dernier Nabil Haddad, directeur du site touristique. Ce résultat est très positif et peut changer.» Dans son sillage, le Premier ministre Nagib Mikati a lancé un appel à tous les Libanais à voter pour Jeita, voyant là un «devoir national».

Quelques voix discordantes

Dans cette avalanche médiatique, des voix discordantes tentent de se faire entendre. Ce contre-pouvoir, presque inaudible, dénonce principalement la nature même du vote, ouvert depuis 2009 et uniquement organisé en ligne par une société commerciale. Il met également en avant le refus de l’Unesco de s’associer à une telle opération, l’institution onusienne considérant qu’il n’y aurait aucune retombée durable sur la préservation des sites concernés. Enfin, dernier mauvais signe selon les «anti»: le retrait de deux candidatures, celles des Maldives et de l’Indonésie dont le ministre du Tourisme s’est offusqué des sommes demandées lors de l’inscription.

Au Liban, les «pro», eux, regrettent le cynisme des «anti», considérant –à tort ou à raison– que l’économie et le tourisme libanais profiteraient d’une victoire de la Grotte de Jeita, quelle que soit la nature du concours. Sans compter sur la fierté nationale mise en avant, dans le sillage des records du monde battus ces dernières années (plus grand plat de tabboulé, plus grand hommos) face au voisin israélien... Lui aussi en compétition avec la Mer Morte. Résultat attendu dans quelques heures...