Les autorités thaïlandaises ont déclaré cinq jours de congés ce mardi, pour permettre aux 12 millions d'habitants de la capitale de faire face aux inondations, au moment où l'aéroport national était gagné par les eaux et abandonné par les compagnies aériennes. Le pouvoir annonce depuis des jours que le centre-ville de Bangkok sera noyé à son tour par les pires inondations dans le pays depuis des décennies. Mais la perspective de grandes marées imminentes accentue sensiblement ces craintes.
Le Centre de coordination des secours (Froc), dirigé par le ministre de la Justice, Pracha Promnog, a annoncé la fermeture des services publics et des écoles de jeudi à lundi inclus dans 21 provinces dont la mégalopole. «Le niveau de l'eau monte et s'étend», a-t-il admis. La Banque centrale n'avait en revanche pas encore pris sa décision sur la fermeture ou non des marchés financiers.
A la mi-journée mardi, l'eau entrait dans l'aéroport Don Mueang, affecté aux vols intérieurs. Nok Air et Orient Thai, les deux compagnies aériennes à bas prix qui y sont installées, ont annoncé qu'elles déplaçaient leurs vols ( 90 par jour à elles deux) vers l'aéroport international Suvarnabhumi. «Les eaux sont entrées dans les locaux de l'aéroport et nous avons informé les opérateurs de compagnies aériennes de la situation», a indiqué Kanputt Mungklasiri, directeur de l'aéroport. «Le courant est très fort et nous sommes inquiets pour le courant électrique».
La Premier ministre, Yingluck Shinawatra, a pourtant réuni mardi son gouvernement à l'aéroport, où s'est installé le Froc et qui accueille aussi des sinistrés, malgré les eaux qui l'entourent depuis plusieurs jours. «Nous sommes inquiets pour les évacués parce qu'il est compliqué de venir ici (...). Nous les déplacerons vers des zones plus sûres», a déclaré la chef du gouvernement, confirmant en revanche que le Froc ne prévoyait pas de déménager.
Au moins six districts de Bangkok (nord, est et près du fleuve Chao Phraya) étaient inondés mardi. Mais plusieurs autres sont directement menacés. Le niveau du Chao Phraya va ainsi atteindre les 2,60 mètres dans les jours à venir alors que les berges font en moyenne 2,5 mètres de hauteur, selon le gouverneur de Bangkok, Sukhumbhand Paribatra. «Je répète mon avertissement à ceux qui vivent à proximité (...) de mettre leurs biens à hauteur et d'être en alerte maximum».
Le gouvernement, qui subit son premier vrai test depuis sa prise de pouvoir en août, a longtemps tenté de préserver la capitale après une mousson surabondante qui a déjà tué plus de 900 personnes en Asie du Sud-Est, dont 360 en Thaïlande. La seule question est désormais de savoir si ses centres historique, financier et commercial seront durement touchés ou non.
Mais le pouvoir ne parvenait pas à faire taire les rumeurs de conflit et de dysfonctionnements entre le cabinet Yingluck, l'opposition démocrate auquel appartient le gouverneur de Bangkok, et l'armée. Un porte-parole de la marine américaine a déclaré lundi que les Etats-Unis avaient rappelé plusieurs navires de guerres envoyés au large de la Thaïlande, suite à des messages contradictoires. Le porte-avions américain USS George Washington et d'autres navires avaient été déployés dans la région le 16 octobre, selon John Perkins.
Mais l'armée américaine n'a jamais reçu de demande d'aide formelle des autorités. «Il y avait deux canaux de communication (au sein du pouvoir thaïlandais). L'un disait oui et l'autre disait non», a déclaré un responsable de la Défense américaine sous couvert de l'anonymat. Sollicitée par l'AFP, l'ambassade américaine à Bangkok a indiqué qu'un navire, l'USS Mustin, avait bien mouillé dans un port thaïlandais et que des hélicoptères effectuaient des missions d'évaluations, avec l'armée thaïlandaise et l'Agence américaine pour le développement international (USAID).