Le parti islamiste tunisien Ennahdha espère bien apposer sa vision du monde dans la future Constitution, entre islamisme économique à la turque et tradition. Le programme que le groupe présente pour les élections du 23 octobre est simple: emprunt, union des pays arabes et diminution du temps de travail hebdomadaire pour les femmes, qui pourraient ainsi «se consacrer à leur famille».
Pas un meeting, pas un rendez-vous sans chant de versets du Coran. La mécanique est rodée, chaque intervenant commence son discours par «au nom de Dieu clément et miséricordieux». Dans les villages, l'accent est mis sur la pêche et le maraîchage, via des propositions inscrites dans le programme, mais aussi sur la revalorisation des bas revenus et les aides aux familles pauvres. «Les islamistes ont toujours été mal compris. On ne veut de l'islam que des choses objectives: la paix, la science. La religion, c'est entre une personne et Dieu», confie le professeur en médecine Momdher Ounissi, militant Ennahdha.
Plusieurs mandats
Surfant sur les thèmes à la mode: indépendance de la justice, interaction entre pouvoir et peuple et surtout emploi – la création de 590.000 postes est évoquée, Ennahdha veut imposer l'Union du maghreb arabe (UMA) face à l'Union pour la méditerranée (UPM): «Un marché maghrébin avec nos frères libyens et égyptiens» et avec un investissement qui participerait à la «croissance du PIB». Rien dans le programme du parti islamiste ne concerne le port du voile ou la polygamie (la Tunisie étant le seul pays de la zone où les hommes n'ont le droit de se marier qu'avec une seule femme).
Rached Ghannouchi, le leader d'Ennahdha, a aussi bien appris les leçons de la révolution et plaide en faveur d'«une société participative, une économie de marché portée par un contrat social nouveau». Un projet sur le long terme puisqu'il a plusieurs fois évoqué le fait de «dépasser les deux mandats présidentiels». Un discours qui passe mal dans les rues de Tunis, surtout auprès de la jeunesse.
Gaz lacrymogène contre islamistes
Les policiers tunisiens ont fait usage de gaz lacrymogène hier à Tunis pour tenter de disperser plusieurs centaines d'islamistes qui manifestaient contre l'interdiction du voile intégral chez les femmes à l'université.