Troy Davis a été exécuté, malgré les doutes

JUSTICE Un dernier recours auprès de la Cour suprême a échoué...

Philippe Berry

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Troy Davis, condamné à mort pour le meurtre d'un policier en Géorgie (Etats-Unis).

Troy Davis, condamné à mort pour le meurtre d'un policier en Géorgie (Etats-Unis). — HO / GEORGIA DEPARTMENT OF CORRECTIONS / AFP

De notre correspondant à Los Angeles

A 22h53,Troy Davis a reçu une première injection. A 23h08 (5h08 en France), il était déclaré mort. Condamné à la peine capitale pour le meurtre d'un policier en 1989, il a été exécuté mercredi soir dans une prison de Jackson, en Géorgie. Jusqu'au bout, il a clamé son innocence. Les appels de Jimmy Carter, du Pape, d'un ancien patron du FBI, d'un garde de la prison, de la communauté internationale et un million de signatures n'auront rien changé: la Cour suprême des Etats-Unis, saisie à l'ultime seconde, a réfléchi pendant quatre heures avant de rejeter le recours des avocats de Davis.

Jusqu'au bout, Davis s'est dit innocent. Lors des dernières minutes, selon les officiels de la prison, Troy Davis s'est d'abord adressé aux membres de la famille de Mark Macphail, présents derrière la vitre. «Je suis innocent», a-t-il dit, répétant qu'il n'avait pas de pistolet et qu'il n'avait «pas tué» le policier. Il a ensuite demandé à Dieu de pardonner aux gardes et aux médecins en charge de l'injection mortelle.

De sérieux doutes

Anne Emanuel, professeur de droit à l'université Georgia State, estime pour 20minutes.fr que mercredi soir, «injustice a été rendue». Selon elle, il n'y avait dans cette affaire «aucune preuve matérielle directe, pas de pistolet retrouvé, pas d'empreintes ADN». Lors du procès, en 1991, tout a reposé «sur des témoignages, avec un nombre considérable de témoins (sept sur neuf ndr), qui ont soit changé leur version, soit qui se sont rétractés depuis». Si des balles ont été retrouvées et initialement identifiées comme similaires à celle d'un pistolet utilisé par Davis par le passé, les analyses balistiques ont été depuis sérieusement remises en question.

Malgré tout, Troy Davis, a bénéficié de tous les appels possibles, plus que tous les condamnés à mort avant lui. La Cour suprême a même examiné son cas en 2009 –un fait rare. Mais selon la plus haute instance judiciaire américaine, les avocats de Davis ont échoué à «apporter une preuve convaincante de son innocence.» Ayant été reconnu coupable par un jury populaire, il devait en effet réussir à prouver son innocence, ou s'appuyer sur un vice de procédure.

Obama silencieux

Le grand absent du dossier s'appelle Barack Obama. Le président a gardé un silence assourdissant, mercredi. Son porte-parole a simplement déclaré qu'il n'était «pas approprié pour le président des Etats-Unis de peser sur des cas spécifiques comme celui-là», géré au niveau d'un Etat.

Certains se demandent si l'affaire peut relancer le débat sur le peine capitale. Mais avec 60% des Américains et un président en faveur de la peine de mort et une Cour suprême dominée par les juges conservateurs, un changement au niveau national est peu probable, selon les experts.

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