Algérie: La crainte des islamistes dégrade les relations avec le CNT libyen

DÉCRYPTAGE 'Algérie craint une reprise des violences islamistes et n'a pas confiance dans le Conseil national de transition (CNT) libyen pour lutter efficacement contre Aqmi...

Bérénice Dubuc

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Un insurgé libyen patrouille dans les rues de Tripoli, le 22 août 2011.

Un insurgé libyen patrouille dans les rues de Tripoli, le 22 août 2011. — FILIPPO MONTEFORTE / AFP

Les relations de la Libye et de son voisin algérien ne sont toujours pas au beau fixe. Ce mardi, le quotidien algérien El Watan affirme que «l'Etat algérien a décidé unilatéralement de fermer la partie extrême sud de la frontière terrestre avec la Libye» en raison de la «situation précaire» qui prévaut sur le territoire de son voisin. Si le gouvernement algérien n’a ni confirmé ni infirmé cette information, cette décision est une nouvelle étape franchie dans le refroidissement des relations entre l’Algérie et le Conseil national de transition (CNT) libyen.

Des relations très tendues

Lundi, déjà, les relations diplomatiques entre les deux pays s’étaient un peu plus tendues après l’autorisation par Alger de l’entrée sur son territoire de la femme de Mouammar Kadhafi, Safia, de sa fille Aicha, et de ses fils Hannibal et Mohammed «pour des raisons strictement humanitaires». Mais, pour le CNT, accorder l’asile à des «criminels» est un «acte d'agression».

Cette nouvelle bisbille n’est pas la première. Les rebelles libyens ont accusé dès le début du conflit l'Algérie de soutenir le colonel en lui fournissant armes et troupes et en permettant le passage de mercenaires pour mater la rébellion. Une accusation démentie par les autorités algériennes. «Les relations entre l’Algérie et le CNT sont très dégradées. C’est le seul pays frontalier de la Libye à ne pas avoir reconnu la légitimité du CNT», explique à 20Minutes Riadh Sidaoui, directeur du Centre Arabe de Recherches et d'Analyses Politiques et Sociales (Caraps) à Genève.

Une question de sécurité

Le spécialiste estime que la chute de Kadhafi est une mauvaise nouvelle pour l’Algérie, qui «ne voulait pas que le colonel tombe de cette façon». El Watan écrit ainsi ce mardi qu’en fermant partiellement sa frontière, Alger cherche à éviter «toute incursion libyenne dans ses territoires, susceptible d'envenimer davantage ses relations avec le CNT».

En clair: les responsables algériens craignent une infiltration du CNT par des militants islamistes et redoutent qu'Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) ne tente d'exploiter le chaos en Libye pour se procurer des armes, et ainsi continuer la campagne de terreur qui a repris ces derniers mois en Algérie. «L’Algérie exige avant de reconnaître le CNT comme seul représentant du peuple libyen qu’il affirme son engagement à lutter contre Aqmi et les islamistes», rappelle Riadh Sidaoui. La révolution libyenne étant majoritairement composée d’islamistes, la suspicion est grande chez les décideurs algériens.

La peur d’un «automne algérien»

Outre la crainte d’une résurgence des violences qui ont opposé les forces gouvernementales et les islamistes dans les années 90, avec un bilan d’environ 200.000 morts, le gouvernement algérien a désormais peur d’un soulèvement populaire.

Avec la chute de Kadhafi, «l’Algérie est désormais entourée de deux pays ayant réalisé leur révolution dans le cadre du «Printemps arabe», et qui sont tous deux favorables à un automne algérien», note Riadh Sidaoui. Les dirigeants algériens avaient réussi en janvier à repousser l’éventualité d’une révolte au prix de mesures économiques et de promesses de réformes institutionnelles et politiques.

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