Photo non datée de Riadh Sidaoui, directeur du Centre arabe de recherches et d'analyses politiques et sociales (Caraps).
Photo non datée de Riadh Sidaoui, directeur du Centre arabe de recherches et d'analyses politiques et sociales (Caraps). - DR

Le régime Kadhafi a fini par céder. Toujours soutenus par l’appui militaire de l’Otan, les insurgés libyens ont pris Tripoli d’assaut dimanche et sont désormais proches de contrôler la capitale ce lundi. La prise de pouvoir par le Conseil national de transition (CNT) est imminente, mais l’avenir ne s’annonce pas aussi radieux qu’il en a l’air, selon Riadh Sidaoui, directeur du Centre arabe de recherches et d'analyses politiques et sociales (Caraps).

Les insurgés se sont emparés de Tripoli, quelle échappatoire pour Mouammar Kadhafi?
Kadhafi, c’est fini, il a été lâché par ses propres amis et ministres, il est isolé et détesté. Il a choisi lui-même la stratégie de la répression sanglante en traitant sa population de «rats». Dès lors, il n’aura d’autre fin que celle du sang lui aussi. Mouammar Kadhafi sera trouvé, jugé et exécuté. C’est la justice libyenne qui doit le sanctionner car elle a la légitimité locale. Mais il peut aussi mourir dans les combats, c’est ce qu’il avait promis dans ses discours, déclarant qu’il mourrait «les armes à la main».

Est-ce que le CNT est suffisamment «armé» pour assurer la transition?
C’est un vrai problème parce qu’il ne s’agit pas d’une véritable organisation. Le CNT s’est construit pendant la révolution, sans idéologie et sans homogénéité. On y trouve des islamistes, des libéraux, etc. Un vrai cocktail explosif. Leur seul consensus, c’était le renversement de Kadhafi. Mais lorsqu’il ne sera plus là, il y aura un conflit entre les différentes tendances, voire une guerre civile.

En quoi la transition sera différente de celle observée en Tunisie et en Egypte?
Le problème est d’abord militaire. La Libye ne possède pas d’armée organisée et homogène pour assurer la sécurité intérieure. Ensuite, Mouammar Kadhafi va laisser un grand vide politique. Contrairement à la Tunisie et à l’Egypte, la Libye n’a jamais connu d’élections et ses révolutionnaires sont désorganisés, et dangereux pour certains. Les tribus pourraient alors jouer un rôle pacifique, mais certaines, alliés à Kadhafi, risquent aussi de tout perdre.

Peut-on alors craindre que des groupes terroristes comme Al-Qaida en profitent?
Oui, il y a des islamistes dangereux en Libye qui pourraient profiter des moments d’anarchie et de l’absence d’un Etat fort, comme cela a déjà été le cas en Algérie et en Irak. De plus, ils pourront trouver des armes disséminées un peu partout dans le pays. Mais il s’agit bien d’un terrorisme local, sous l’influence d’Al-Qaida, mais n’agissant pas forcément en son nom. La Libye pourrait devenir alors un Etat islamiste, soutenu par des pays du Golfe.

Quel rôle peut jouer l’Otan dans la transition?
C’est sûr qu’ils ne vont pas s’arrêter là et viser la création d’un Etat libyen, mais la grande question est: Comment démocratiser le pays si les islamistes gagnent les élections? Contrairement à la France qui soutient plutôt des élites laïques et progressistes, cette configuration ne dérangera pas les Etats-Unis qui ont une approche pragmatique et lucrative. En effet, c’est la première révolution arabe qui s’impose dans un pays pétrolier, ce qui va provoquer beaucoup d’intérêts extérieurs.

La chute du régime Kadhafi scelle-t-elle le printemps arabe?
Non, le processus des révolutions arabes ne va pas s’arrêter et la question, c’est désormais: A qui le tour? Les Arabes n’ont plus peur de leurs dictateurs, la stabilité par la dictature ne peut plus persister, c’est une nouvelle donne historique. La transition démocratique sera dure, mais il faut passer par ces moments de souffrance. Ensuite, cela pourrait créer un véritable boom économique dans ces régions.

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