Des civils qui ont rejoint les rangs des rebelles s'entraînent à Geminis, en Libye, le 7 juillet 2011. 
Des civils qui ont rejoint les rangs des rebelles s'entraînent à Geminis, en Libye, le 7 juillet 2011.  - REUTERS/Esam Al-Fetori

Une victoire pour les rebelles. Les puissances mondiales et régionales réunies ce vendredi dans le groupe de contact sur la Libye ont pleinement reconnu la rébellion, ce qui leur permettra de lui apporter l'aide financière qu'elle réclame pour combattre le régime du colonel Kadhafi. Evidemment, Kadhafi a rejeté cette initiative. «Foulez aux pieds ces reconnaissances (...) Elles n'ont aucune valeur», a déclaré le dirigeant libyen dans un message sonore diffusé par la télévision libyenne.

Le groupe de contact reconnaît désormais le Conseil national de transition (CNT), organe politique des rebelles, comme «l'autorité gouvernementale légitime» du pays, selon un extrait de la déclaration finale de la réunion du groupe à Istanbul.

«Cela veut dire que nous allons pouvoir dégeler un certain nombre d'avoirs appartenant à l'Etat libyen puisque que c'est le CNT qui exerce désormais cette responsabilité», a expliqué un peu plus tôt à la presse le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé.

La Turquie appelle à accroître l'aide financière

Le conseil de sécurité de l'ONU a adopté en février des sanctions économiques contre le régime de Tripoli, incluant le gel des avoirs de la famille et des personnalité proches du colonel Mouammar Kadhafi. Le CNT réclamait la rétrocession de ces avoirs à la rébellion.

La Turquie, pays hôte de cette réunion d'une journée, la quatrième du groupe de contact, a aussi appelé à accroître l'aide financière aux rebelles. «Je voudrais encourager tous nos partenaires du groupe de contact à envisager d'ouvrir des lignes de crédit au CNT, correspondant à un certain pourcentage des avoirs libyens gelés dans leurs pays», a déclaré le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu.

Son homologue italien Franco Frattini a indiqué que Rome avait débloqué en faveur de la rébellion une première tranche de 100 millions d'euros sous forme de crédits garantis par les avoirs gelés de Tripoli en Italie et que 300 millions d'euros supplémentaires seraient débloqués d'ici deux semaines.

Les rebelles appelés à établir un gouvernement de transition

Ahmet Davutoglu a également souligné que la Turquie soutenait une proposition de la rébellion de distribuer à Tripoli et Benghazi pour des besoins strictement humanitaires trois milliards de dollars provenant des avoirs gelés du régime libyen, sous supervision de l'ONU.

Dans sa déclaration finale, le groupe de contact demande que les rebelles travaillent sans délai à établir un gouvernement de transition, selon ce document distribué par une délégation à quelques journalistes. Il réclame de nouveau le départ du pouvoir du colonel Mouammar Kadhafi. «Kadhafi doit quitter le pouvoir selon des étapes définies qui seront annoncées publiquement», écrivent les alliés en Libye.

Franco Frattini, a par ailleurs affirmé que les participants à la réunion d'Istanbul avaient désigné l'émissaire spécial de l'ONU pour la Libye, Abdel Ilah al-Khatib, comme «le seul interlocuteur» parlant au nom de la communauté internationale sur la question libyenne. «Toutes les tentatives pour avoir des médiations secrètes, confidentielles, avec certains pays, car il y a eu des contacts, se sont avérées très contre-productives», a commenté le ministre, sans citer un pays en particulier.

«L'heure de la bataille a sonné»

L'émissaire de l'ONU «est habilité à présenter un paquet politique incluant un cessez-le-feu et à négocier avec Benghazi (la "capitale" des rebelles) et Tripoli», a déclaré Franco Frattini. Alain Juppé a également insisté sur la nécessité pour la communauté internationale de parler d'une seule voix à ses interlocuteurs libyens.

La réunion d'Istanbul comprend tous les pays participant à la campagne de l'Otan contre le régime de Mouammar Kadhafi. La Chine et la Russie, invitées, ont décliné l'invitation. Une quinzaine de ministres des Affaires étrangères sont présents à cette réunion d'une journée à Istanbul, ainsi que le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, et la représentante de la diplomatie européenne Catherine Ashton. Les travaux se tiennent dans un palais ottoman, sur le Bosphore.

Sur le terrain, la rébellion est passée à l'offensive, jeudi dans l'est, après des succès dans l'ouest, mais Mouammar Kadhafi est resté combatif, en annonçant que «l'heure de la bataille a sonné». Tout en consolidant leurs nouvelles positions dans l'Ouest près d'Al-Assabaa, ville stratégique à 80 km au sud de Tripoli, les rebelles ont commencé jeudi soir à avancer des troupes vers Brega, ville pétrolière de l'Est, où ils comptaient donner l'assaut.

Mots-clés :