Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair arrivent au tribunal de New York, pour une audience extraordinaire, au cours de laquelle les conditions de sa libération sous caution ont été levées, à New York le 1er juillet 2011.
Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair arrivent au tribunal de New York, pour une audience extraordinaire, au cours de laquelle les conditions de sa libération sous caution ont été levées, à New York le 1er juillet 2011. - AFP PHOTO/Stan HONDA

Bérénice Dubuc

De notre envoyée spéciale à New York

L’affaire DSK a connu vendredi un tournant inattendu: la parole de la victime présumée a été mise en doute par le procureur et le juge Michael Obus a en conséquence décidé de remettre Dominique Strauss-Kahn en liberté. Ce coup de théâtre incite à se demander si le système judiciaire américain, si différent du système français, fonctionne. 20Minutes est allé poser la question à trois Américains.

Pour Yacouba, 32 ans, chauffeur de taxi, «c’est une question à laquelle il est difficile de répondre.»  Surtout dans ce genre d’affaires, où il n’y a pas de preuves matérielles, et où le procès se résume à la parole de l’accusé contre celle de la victime présumée, ajoute-t-il.

«Quand on est pauvre, il faut faire attention à ne pas faire d’erreur, parce qu’on ne pourra pas se payer les meilleurs avocats, les meilleurs enquêteurs, ou parce qu’on ne pourra pas proposer d’indemnités à la victime pour obtenir un accord. Alors que, quand on est riche, on peut déraper, parce que tout cela est à notre portée», estime-t-il.

«Au final c’est toujours les puissants contre les petits»

Patrick, un rédacteur de 29 ans, est du même avis: «S’il la violée et qu’on le libère, c’est horrible. Mais, c’est ce qui arrive quand on est riche et puissant. Même pour des gens irréprochables, quand on a les moyens, on peut trouver quelque chose pour les décrédibiliser. Dans un monde parfait, cela ne serait pas le cas, mais au final c’est toujours les grands et puissants contre les petits.»

A ses yeux, il n’y a en effet pas de «vraie justice»: «La véritable justice, ce serait que les gens qui nous dirigent, qui sont puissants, aient un véritable sens de la morale et que l’on puisse avoir confiance en eux.»

«Le système fonctionne, en général»

A l’inverse, Bob, agent de sécurité âgé de 42 ans, considère que «le système fonctionne, en général». Selon lui, le fait que chacune des deux parties doive donner son accord pour choisir le jury est un gage de justice. «Je pense vraiment que le système fonctionne, et qu’il va aller jusqu’au bout dans cette affaire.»

Il ajoute tout de même que la justice suivra son cours « si on laisse de côté les forces extérieures». Il explique: «Je pense que le FMI est un système vicié: il a des avocats, des conseillers qu’elle ne pourra pas s’offrir. Même si elle a un bon salaire, lui il peut avoir les meilleurs au monde. Et comme c’est sa parole contre la sienne…»

Les médias également en question

Yacouba lui, est encore plus pessimiste: «Je suis sûre qu’elle ne témoignera pas au final», prédit-il. «Elle ne va pas vouloir avoir encore plus de problèmes, et l’affaire sera classée. C’est toujours comme ça.»

Pour Patrick, le problème vient aussi des médias. «Ils ne sont pas vraiment fiables. Comme c’est quelqu’un de puissant et que c’était un scandale sexuel, ils se sont emballés. Résultat, sa carrière et peut-être sa vie sont ruinées. Et maintenant, ils font la même chose avec elle. Ils auraient du au moins mettre du conditionnel dans leurs articles», conclut-il.