Affaire DSK: Une matinée à attendre Dominique Strauss-Kahn

REPORTAGE A New York, les journalistes font le pied de grue de longues heures pour essayer de capter un mot de l'ancien patron du FMI...

De notre reporter à New York, Bérénice Dubuc

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Les médias patientent devant l'appartement de l'ancien chef du FMI, Dominique Strauss-Kahn, le 2 juillet 2011 à New York.

Les médias patientent devant l'appartement de l'ancien chef du FMI, Dominique Strauss-Kahn, le 2 juillet 2011 à New York. — J. Rinaldi/AFP PHOTO

153 Franklin Street, New York. L’adresse à laquelle Dominique Strauss-Kahn était assigné à résidence depuis le 26 mai dernier. «Etait» car vendredi, le juge Michael Obus a libéré l’ancien directeur du Fonds Monétaire International (FMI) sur parole. Une liberté retrouvée que DSK n’a pas tardé à exploiter en allant le soir même dîner dans un restaurant italien de l’Upper-East side en compagnie de sa femme, Anne Sinclair, et d’un couple d’amis, avant de regagner son domicile de Tribeca. Et depuis, les journalistes attendent de le voir ressortir.

Ce samedi matin, une petite foule de reporters, caméramans et rédacteurs Américains, Italiens, mais surtout Français, attendent toujours sur le trottoir d’en face. Certains sont là depuis 5h30. Ils attendent, sous un ciel sans nuage et un soleil de plomb. Mais les heures s’écoulent, et il semble que l’ex-patron du FMI n’a pas l’intention de sortir de sa cage dorée. Seule animation, les passants –New-Yorkais ou touristes - qui demandent ce qui se passe, ou un voisin excédé qui déloge les journalistes venus se réfugier à l’ombre du porche de son immeuble.

«Ils jouent avec nous»

Vers 10h30, il y a du mouvement: la porte s’ouvre. Les journalistes se précipitent, mais ce n’est qu’un agent chargé de la sécurité de DSK qui passe la tête. «Ils jouent avec nous», s’amuse un reporter. Effectivement, l’agent recommence son petit manège à deux reprises, provoquant à chaque fois le même empressement, sans résultat. Et l’attente reprend, sous un soleil brûlant. Tant et si bien que la plupart des journalistes décident de traverser la rue, et de patienter à l’ombre, juste devant la porte de Dominique Strauss-Kahn.

Dans les rangs, spéculations et informations vont bon train: «Il a un rendez-vous à midi», indique un journaliste. «Il va bien sortir déjeuner», espère un deuxième. «Non, il s’est fait livrer des sushis», lui répond un autre. «Il ne sortira pas. La voiture de police qui était là ce matin ne l’est plus», croit savoir un photographe. «De toute façon, il ne va pas rester à New York, il va se mettre au vert», suppose un caméraman.

A 14h, enfin, la porte s’ouvre sur DSK

Vers midi, la porte s’ouvre à nouveau. Instant d’espoir de ceux qui ont parié pour un déjeuner à l’extérieur. Mais ce n’est qu’un autre agent de sécurité, qui sort, refusant de dire quoi que ce soit à la presse. C’est seulement une heure plus tard que la situation va vraiment se décanter: un agent de sécurité arrive, indique aux journalistes que Dominique Strauss-Kahn va sortir, mais leur interdit de s’approcher trop près. Une poignée de minutes après, une voiture du NYPD s’arrête devant le 153 Franklin Street. Après un instant de flottement, les deux policiers font reculer la foule de journalistes de l’autre côté de la rue, derrière des barrières. Il est 13h30. Les dernières minutes s’étirent, plus longues encore du fait de la chaleur du soleil.

A 14h, enfin, la porte s’ouvre pour laisser place à Anne Sinclair suivie de près par Dominique Strauss-Kahn, en veste sombre et chemise bleue. Ils franchissent rapidement les quelques mètres qui les séparent de la berline noire qui les attend, sous les appels des journalistes – «Monsieur Strauss-Kahn, quel est votre état d’esprit?». Il lève rapidement les yeux, mais ne dit rien, et s’engouffre dans la voiture. Il est 20 heures en France. Pile à l’heure pour l’ouverture du journal télévisé.