Jusqu'au bout, il aura défié la communauté internationale. En mourant samedi à 64 ans, à La Haye (Pays-Bas), dans sa cellule du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPI), Slobodan Milosevic, premier chef d'Etat jugé pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, échappe à la fin de son procès. Selon l'autopsie pratiquée hier, l'ancien président yougoslave est décédé d'un arrêt cardiaque. Le TPI a aussi demandé une analyse toxicologique – dont les résultats seront plus longs à obtenir –, afin d'établir les causes exactes de sa mort, objet d'une polémique.
Il y a tout d'abord les rumeurs d'empoisonnement colportées par ses proches du Parti socialiste de Serbie, dont il était toujours le président. Il y a ensuite les accusations de maltraitance. Souffrant de problèmes cardio-vasculaires, Milosevic avait demandé, en février, à être soigné à Moscou. Un souhait rejeté par le tribunal. Il y a aussi la thèse du suicide émise notamment par le procureur du TPI, Carla Del Ponte. Depuis des années, l'accusé était soupçonné de ne pas prendre ses médicaments, ses chutes de tension empêchant le procès de se poursuivre.
Ce décès risque de ternir un peu plus l'image du TPI, déjà accusé d'être inefficace et lent. Depuis sa création, en 1993, quatre prisonniers jugés à La Haye sont morts en prison. « Le départ de Milosevic de cette manière soumet à une grande épreuve l'autorité morale du tribunal de La Haye », a estimé le président de l'Union de Serbie-Monténégro, Svetozar Marovic. Il prive surtout de justice des milliers de victimes. C. L.