Ben Laden éliminé, Bush et la torture réhabilités?

DEBAT Plusieurs anciens membres de l'administration Bush refusent de laisser tout le crédit du succès à Obama...

Philippe Berry

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Le président américain Barack Obama va autoriser la publication d'un rapport datant de la précédente administration et détaillant les méthodes de torture utilisées contre les personnes soupçonnées d'appartenir au réseau terroriste Al-Qaïda, rapporte l'hebdomadaire Newsweek.

Le président américain Barack Obama va autoriser la publication d'un rapport datant de la précédente administration et détaillant les méthodes de torture utilisées contre les personnes soupçonnées d'appartenir au réseau terroriste Al-Qaïda, rapporte l'hebdomadaire Newsweek. — Timothy A. Clary AFP/Archives

De notre correspondant à Los Angeles

«Aujourd'hui, sur mes ordres, les Etats-Unis ont lancé une opération militaire contre une résidence d'Abbottabad, au Pakistan, menée par une petite équipe de courageux soldats américains. Après un échange de tirs, ils sont tué Oussama Ben Laden et sécurisé son corps.»

Dimanche soir, Barack Obama a gagné ses galons de «commandant en chef». Charismatique, présidentiel, il a salué dans la mort de Ben Laden «le plus grand succès dans l'effort américain pour vaincre Al Quaida». Depuis, un débat s'est engagé: l'administration Bush doit-elle partager les lauriers de la victoire; et surtout, ses méthodes d'interrogatoire, incluant la torture, se sont-elles finalement révélées efficaces?

De l'efficacité du waterboarding

«Obama peut clamer, à juste titre, sa part de mérite. Mais il doit ce succès aux difficiles décisions prises par l'administration Bush», écrit John Yoo, l'auteur des fameux «mémos» du ministère de la Justice qui ont défini le cadre légal pour l'utilisation de la torture dans le cadre de la lutte de la «guerre contre le terrorisme». Même son de cloche du côté de Liz Cheney (fille de l'ancien vice-président) ou de Condoleezza Rice, qui cite notamment les informations vitales obtenues lors des interrogatoires de Khalid Sheikh Mohammed et d'Abu Faraj al-Libi pour identifier le coursier de Ben Laden.

Un représentant républicain est monté vocalement au créneau, mardi. «Ben Laden n'aurait jamais été capturé ni tué sans l'information initiale que nous avons obtenue de Khalid Sheikh Mohammed après qu'il a été waterboardé», affirme Peter King, qui préside le comité à la sécurité intérieure. Leon Panetta, le patron actuel de la CIA, a lui-même reconnu lundi que parmi les multiples informations ayant permis de localiser la résidence fortifiée, «certaines» provenaient de détenus ayant subi des interrogatoires spéciaux sous l'administration Bush, notamment la simulation de noyade.

«Contreproductif», pour beaucoup d'experts

Khalid Sheikh Mohammed a subi la simulation de noyade 183 fois. Problème, selon l'agence AP, qui tient l'information de responsables militaires, le prisonnier n'a pas livré le nom immédiatement. En fait, Mohammed et al-Libi auraient d'abord nié avec insistance connaître l'identité du coursier, dont le renseignement américain n'avait alors que le surnom. Les farouches dénégations, recoupées avec d'autres témoignages, ont renforcé les autorités américaines dans leur conviction d'être sur la bonne piste. Ce n'est que plusieurs mois plus tard, après un interrogatoire classique, que Mohammed a lâché le morceau, selon ces responsables.

A partir de là, comme il est impossible de réécrire l'histoire, chacun son interprétation. Certains prisonniers auraient-il parlé sans avoir été torturé? Auraient-ils parlé plus tôt? Lors du débat sur l'interdiction de la torture, de nombreux experts avaient témoigné, indiquant que le plus souvent, elle était contreproductive. Un ancien interrogateur de l'US Air Force, dans un livre, expliquait qu'elle ne donne «pas de bons résultats» car la plupart des combattants entraînés «se ferment ou mentent» à l'approche du saut d'eau. Sans compter que son utilisation a longtemps servi d'argument de recrutement à Al Quaida.

Contacté par 20minutes.fr, le stratège démocrate Garry South ironise: «Bush avait juré d'attraper Ben Laden ''mort ou vif''. Presque dix ans après, c'est Obama qui l'a fait.»