Ayman Al-Zawahiri, cerveau d'Al-Qaida et nouvel ennemi public numéro 1 des Américains

Publié le 3 mai 2011.

PORTRAIT - Le leader du Jihad islamique égyptien était un des compagnons de route d'Oussama ben Laden...

L'homme le plus recherché du monde s’appelle désormais Ayman Al-Zawahiri. Après la disparition d’Oussama ben Laden, celui qui n’était jusqu’alors que le numéro 2 d’Al-Qaida est désormais l’ennemi public numéro 1. Et, même s’il se terre depuis les attentats du 11-Septembre, son visage n’est pas inconnu: cet homme de 59 ans à la barbe fournie, aux grosses lunettes et dont le front, ceint d’un turban blanc, est marqué par une bosse, a tourné de nombreuses séquences vidéo au côté de Ben Laden, où il lance des appels au jihad contre l'Occident.

Né le 19 juin 1951 au sein d'une famille bourgeoise dans une banlieue du Caire, en Egypte, cet élève brillant est un grand admirateur de Sayyid Qutb, théoricien de l'islamisme radical, qu’il considérera plus tard comme son mentor. Sa pendaison en août 1966 après qu’il eut été accusé de complot en vue de renverser le gouvernement, perturbe le jeune Al-Zawahiri, qui fonde le jour même une cellule clandestine de la confrérie des Frères musulmans.

Le meneur du Jihad islamique égyptien

Entré à l'école de médecine de l'Université du Caire, Al-Zawahiri y crée la première cellule clandestine du Jihad islamique, bien plus radical que les Frères musulmans. Il sort diplômé en chirurgie en 1974, et passe trois ans dans une base de l'armée égyptienne, tout en continuant de développer son organisation. En 1980, il part à Peshawar, au Pakistan, sous la bannière du Croissant-Rouge, pour venir en aide aux réfugiés afghans qui ont fui l'invasion soviétique. Sur place, il rencontre un jeune homme d'affaires saoudien, Oussama Ben Laden, qui gère un camp de moudjahidines.

Revenu en Egypte, il est emprisonné pour sa participation supposée à l’assassinat du président Sadate par l'un des militants du Jihad islamique, le 6 octobre 1981. Selon Montasser Al-Zayat, avec qui Ayman Al-Zawahiri a partagé une cellule, le futur n°2 d’Al-Qaida a été torturé et battu, ce qui l’a changé en extrémiste fanatique et violent. Il ajoute qu'Al-Zawahiri a révélé sous la torture le nom de plusieurs de ses compagnons d'armes, provoquant leur arrestation et même leur exécution. Le sentiment de honte qu’il en aurait tiré l’aurait amené à quitter l’Egypte pour l’Arabie saoudite, puis le Pakistan après sa sortie de prison en 1984.

Le compagnon de route de Ben Laden

Entre 1986 et 1988, il se rapproche de Ben Laden, avec qui il a quelques points communs: ils ont presque le même âge, sont tout deux issus de milieux aisés, ont fait des études supérieures, et ont des objectifs similaires. Il devient aussi le médecin personnel du Saoudien, qui souffre d'une maladie des reins. Après le retrait de l'armée soviétique, en 1989, quelques Arabes venus soutenir les moudjahidines afghans créent une nouvelle organisation pour poursuivre le jihad au-delà de l'Afghanistan: Al-Qaida (la Base), dirigée et financée par Ben Laden.

En 1990, Al-Zawahiri revient en Égypte, où il se consacre à l’objectif initial du Jihad islamique: remplacer le régime séculier égyptien par un califat. Pour ce faire, il multiplie les attentats, parmi lesquels la tentative d'assassinat de l'ancien Premier ministre Atif Sidqi en 1993,ou l’attentat de Louxor en 1997. Ayman al-Zawahiri est l'un des premiers islamistes à avoir recours aux attentats kamikazes et à faire une vidéo des volontaires à la veille de leur mission pour frapper les esprits et déclencher de nouvelles vocations. Ce recours aux médias est l'une de ses priorités: «Il a toujours cherché l’attention des médias», rappelle Mathieu Guidère, professeur d’islamologie à l’université Toulouse II.

Le «cerveau» d’Al-Qaida

Mais, à la suite de ces attentats, la police égyptienne arrête plusieurs centaines de membres de l’organisation, et le Jihad islamique perd pratiquement toute sa base égyptienne. Al-Zawahiri quitte l’Egypte avant d’être pris. Il rejoint Ben Laden à Jalalabad, en Afghanistan, en 1997. L’année suivante, le Jihad islamique égyptien se fond dans Al-Qaida sous le nom: «Le Front islamique mondial contre les juifs et les croisés». Dans un texte qu’ils cosignent, Al-Zawahiri et Ben Laden pointent du doigt la cible principale de l’organisation: les Etats-Unis et leurs intérêts partout dans le monde.

En plus de développer la stratégie mondiale d’Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri devient son «cerveau»: il fournit au mouvement ses racines intellectuelles et idéologiques, et surtout, c’est lui qui organise les principaux attentats antiaméricains qui vont suivre. En août, les attentats suicides simultanés contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, en octobre 2000 celui contre le destroyer USS Cole dans le port d'Aden, au Yémen. Il serait aussi à l’origine des attentats du 11-Septembre que les membres dAl-Qaida appellent le «programme du docteur».  En conséquence, le Département d’Etat américain le place au second rang des terroristes les plus recherchés au monde. Sa tête est mise à prix 25 millions de dollars.

Sa trace est perdue en octobre 2001 à la frontière afghano-pakistanaise. Sa mort a été annoncée en 2002 et en 2007, mais une vidéo est à chaque fois venue démentir l’information: le numéro 2 d’Al-Qaida est bien en vie, et continue d’appeler les musulmans à de nouvelles attaques, via plusieurs messages qui en font le principal porte-parole d'Al-Qaida. Un rôle déterminant au sein de l’organisation qui se renforce encore aujourd’hui, avec la mort d’Oussama ben Laden.

Bérénice Dubuc
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