Ce que pensent les victimes et leurs proches de la mort de Ben Laden

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Publié le 2 mai 2011.

REACTIONS - Sur tous les continents, ils se disent unanimement soulagés...

«Quelque chose est terminé, un chapitre se ferme.» Le soulagement domine parmi les familles des victimes du 11-Septembre contactées par 20 Minutes après l’annonce de la mort d’Oussama ben Laden. «On allait se coucher dimanche soir quand on a appris la nouvelle à la télévision. Immédiatement, on a eu des appels et des e-mails, raconte Nancy Aronson. Cette Américaine qui vit dans la banlieue huppée de Washington est la trésorière de l’association «Families of september 11». Elle a perdu sa belle-sœur Myra dans les attentats du 11-Septembre. Celle-ci, une Bostonienne de 50 ans, était l’une des passagères du vol 11 d’American Airlines, le premier Boeing à s’écraser contre les tours de New York.

«Ça ne me rendra pas Myra»

«Je suis heureux que Ben Laden soit décédé. Je ne vais pas célébrer sa mort –ça ne me rendra pas Myra– mais je suis juste apaisé. C’était un homme diabolique qui devait répondre de la mort de milliers de personnes. Pas que lors du 11-Septembre mais aussi dans les attentats en Irak, en Afghanistan, au Pakistan…»

«Je savais qu’il n’était pas tapi dans une grotte»

Nancy n’est pas dupe. «Je sais que ce n’est pas pour autant la fin du terrorisme.» Et si elle a été surprise d’apprendre sa mort –«j’étais persuadée qu’il mourrait de façon naturelle un jour» -elle n’a pas été étonnée du lieu où se cachait le chef d’Al-Qaida. «Je savais qu’il n’était pas tapi dans une grotte, qu’il y avait des complicités.» N’aurait-elle pas préféré un procès? «Non, cela aurait été une opportunité d’avoir l’attention du monde entier focalisé sur lui.» Son mari, Jules, le frère de Myra, ne se dit lui qu’«à moitié soulagé». «Le réseau terroriste reste assez fort, j’espère que cela va quand même l’affaiblir.»

«Il y a eu un grand silence dans la maison»

A plusieurs milliers de kilomètres de New York, Martine Saada se dit «encore déphasée». «On ne s’y attendait plus, on pensait qu’il existait une volonté politique de ne pas l’arrêter…» Cette habitante d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) a perdu son fils, Thierry, 26 ans, en 2001, alors que celui-ci effectuait un stage dans une société localisée dans le Word Trade Center. Elle a appris la nouvelle de la mort d’Oussama ben Laden en écoutant la radio lundi matin. «J’ai mis du temps à y croire, je pensais avoir mal entendu. Puis il y a eu un grand silence dans la maison.»

«Mon petit-fils ne comprend pas pourquoi on lui a enlevé son père»

Elle non plus n’aurait pas préféré un procès. «Ç’aurait été une tribune pour lui. Et puis, on ne va pas pleurer sur son sort, mon enfant non plus n’a pas été jugé. Tant pis, le tuer était le seul moyen de l’arrêter. Et ça devrait calmer les membres d’Al-Qaida: où qu’ils soient, on est capable de les poursuivre.» Lundi soir, elle va téléphoner à son petit-fils Lior, le fils de Thierry, qui vit à New York. Il est né le 27 septembre 2001. «Il a 10 ans et ne comprend pas pourquoi on lui a enlevé son père…»

«Seul un tribunal pouvait le juger»

Plus prudent, Henry Kessy, un Tanzanien blessé au visage lors de l’attentat de 1998 contre l’ambassade américaine de Dar Es Salam, «attend de voir si Ben Laden ne réapparaît pas dans quelques jours comme cela est déjà arrivé trois fois.» «L’histoire pourrait bien se répéter…» glisse ce comptable de 46 ans qui a perdu 45% de ses capacités de vision dans l’attaque. Mais s’il estime que l’élimination d’Oussama Ben Laden est une «bonne nouvelle car il a subi ce qu’il a fait subir à d’autres», il trouve qu’un «procès aurait été mieux». «Seul un tribunal pouvait le juger.» Et Henry ne peut s’empêcher d’être un peu inquiet: «Que va-t-il se passer maintenant? Il n’était pas tout seul à mener ses actions…»

Alexandre Sulzer

«Moi, j’aurais préféré que Ben Laden soit capturé, estime Guillaume Denoix de Saint Marc, le porte-parole de l’Association française des victimes du terrorisme. Si sa disparition peut constituer un poids en moins pour les familles, le soulagement aurait été plus fort avec un procès. Souvent, les terroristes font profil bas une fois qu’ils sont devant leurs victimes. Même Carlos a baissé les yeux…» Et Guillaume Denoix de Saint Marc d’ajouter: «Avec l’attentat de Marrakech, on est encore dans la douleur, pas dans la joie…»

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