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Face au risque réel d’enlisement en Libye, l’administration Obama  cherche une issue diplomatique qui passerait par l’exil du «Guide de la Révolution» dans un pays «ami», selon le New York Times.  Si, d’emblée, les pays ne doivent pas se bousculer au portillon pour accueillir Mouammar Kadhafi, sa tente et ses chameaux, la liste est réduite d’office par une donnée essentielle: le pays ne doit pas être signataire ni avoir ratifié le «Statut de Rome»  qui oblige tout pays à livrer une personne inculpée par la Cour Pénale internationale. Or, une enquête a été ouverte contre Kadhafi par le tribunal de La Haye.

Au total, 114 pays ont signé et ratifié le traité sur les quelque 192 reconnus par l’ONU. Trente-cinq d’entre eux l’ont signé mais ne l’ont pas ratifié, et ne sont donc pas contraints par le texte. Parmi eux, les Etats-Unis et la Russie, qui remplissent donc cette condition essentielle pour accueillir Kadhafi. Hautement improbable toutefois. De même qu’un exil en Chine, qui n’a pas signé le texte fondateur de la CPI, pour des raisons diplomatiques évidentes. «Le Venezuela, chez son ami Hugo Chavez, pourrait être une option», juge Riadh Sidaoui, directeur du Centre arabe de recherches et d'analyses politiques et sociales à Genève. Sauf que Caracas  a signé le texte.

Kadhafi «est détesté par tout le monde»

D’après le New York Times, l’option la plus probable est de voir Kadhafi atterrir sur le continent africain. Sur les 53 pays, 32 ont signé et ratifié le statut. La Côte d’Ivoire, l’Algérie et l’Egypte ne sont pas signataires mais ces pays, en proie à un grave conflit politique pour le premier et qui sortent de soulèvements populaires pour les deux derniers, n’ont pas le profil de pays d’accueil.  «Il a beaucoup humilié les pays africains, s’est montré agressif avec ses chefs d’Etats», insiste Riadh Sidaoui. «Il est détesté par tout le monde. Il ne les tenait que par l’argent. S’il n’a plus d’argent, alors il n’y a pas de raison qu’un pays africain l’accueille», assure le chercheur. 

Même chose pour les pays arabes, ajoute-t-il.  Pour lui, le seul pays susceptible d’être une terre d’accueil pour Kadhafi serait la Turquie, qui n’a pas signé le Statut de Rome. «Le pays a de très bons rapports avec les Etats-Unis et avec la Libye et il souhaite jouer un rôle dans le monde musulman. Mais il faudrait que Washington apporte des garanties claires», assure le directeur du centre arabe de recherches et d’analyses de Genève.

L’exil ne serait pas une solution au conflit

Mais  «Kadhafi lui-même acceptera-t-il cette solution de l’exil ?», demande le chercheur. «Il a toujours dit qu’il voulait mourir sur la terre de ses ancêtres et qu’il irait jusqu’au bout. Va-t-il trahir ses principes et devenir raisonnable ?», interroge-t-il, notant que les discours officiels libyens restaient sur une ligne inflexible. Surtout, insiste-t-il, «c’est trop tard» pour mettre en œuvre cette solution. Si la répression de Ben Ali ou de Moubarak a fait des morts, les combats engagés par Kadhafi sont sans commune mesure. «Bombarder des populations civiles, c’est une autre échelle. Il y a des déchirures graves et les Libyens voudront certainement que Kadhafi rende des comptes», assure le chercheur. 

Enfin, tempère encore Riadh Sidaoui, «ce n’est pas un problème avec Mouammar Kadhafi» mais un «problème avec les tribus qui composent le pouvoir libyen». Manière de dire que l’exil éventuel du «Guide de la Révolution» ne règlera pas forcément le problème et ne ramènera pas forcément le calme au sein du pays.

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