Libye: La coalition accentue la pression sur Kadhafi

SYNTHÈSE lle demande le départ rapide de Mouammar Kadhafi...

Reuters

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Un rebelle traine un portrait du leader libyen Mouammar Kadhafi sur une route à Bin Jawad, Libye, le 28 mars 2011.

Un rebelle traine un portrait du leader libyen Mouammar Kadhafi sur une route à Bin Jawad, Libye, le 28 mars 2011. — Y. BOUDLAL / REUTERS

Réunie ce mardi à Londres, la coalition internationale a accentué la pression sur Mouammar Kadhafi en promettant de poursuivre ses opérations militaires jusqu'à ce que le numéro un libyen se plie aux exigences de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies visant à protéger la population civile.

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Les représentants d'une quarantaine de pays et d'organisations internationales ont décidé de créer un groupe de contact chargé du pilotage politique de l'opération militaire, qui tiendra sa première réunion prochainement au Qatar. Ce groupe comptera une vingtaine de membres. Le Qatar, en accord avec ses partenaires de la coalition, se chargera de vendre le pétrole libyen produit dans l'est du pays tenu par les insurgés. L'argent servira à payer l'aide humanitaire destinée à la population.

«Nous exhortons Kadhafi et les siens à partir»

Le Premier ministre du Qatar a exhorté Mouammar Kadhafi à renoncer au pouvoir afin d'éviter un bain de sang, ajoutant que le dirigeant libyen ne disposerait peut-être que de quelques jours pour négocier sa sortie. «Nous exhortons Kadhafi et les siens à partir», a dit le cheikh Hamad ben Djassim al-Thani lors de la conférence de presse de clôture de la conférence. «Je pense que c'est la seule solution pour résoudre ce problème aussi vite que possible», a-t-il ajouté, reconnaissant qu'aucun signe n'indiquait pour l'heure que le dirigeant libyen s'orientait vers une sortie.

Le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a précisé que si la Grande-Bretagne n'était pas impliquée dans les efforts diplomatiques afin de trouver un pays d'accueil pour Kadhafi, rien n'empêchait d'autres pays de s'associer à cette recherche. Il a ajouté que la question de la fourniture d'armes aux rebelles libyens n'avait pas été évoquée lors de la conférence de Londres. Un peu plus tôt dans la journée, la représentante des Etats-Unis auprès des Nations unies, Susan Rice, avait dit que Washington n'excluait pas d'armer les insurgés.

Fourniture d'armes aux rebelles?

La France, elle, est prête à parler avec ses partenaires de la fourniture éventuelle d'armes aux rebelles, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé. La résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'Onu ne prévoit pas une telle aide et Paris s'en tient «pour l'instant» à l'application de cette résolution, a-t-il ajouté. Alain Juppé a réaffirmé qu'il n'y avait «pas d'avenir pour Kadhafi en Libye» mais il a refusé de répondre à une question sur un éventuel départ en exil du dirigeant libyen, réaffirmant que c'était aux Libyens de décider de son sort.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a imposé le 26 février un embargo sur les livraisons d'armes à la Libye, mais des exemptions sont possibles à condition d'être entérinées par le comité des sanctions sur la Libye rattaché au Conseil. Mahmoud Chammam, porte-parole des rebelles libyens à Londres, a déploré que l'insurrection manque aussi cruellement d'armes. «Sinon, nous en aurions fini avec Kadhafi en quelques jours», a-t-il dit à Reuters. «Mais nous demandons plus encore un soutien politique que des armes. Reste que si nous obtenions les deux, ce serait formidable.»

Agir avant qu'il ne soit «trop tard»

A l'ouverture de la conférence, le Premier ministre britannique David Cameron avait accusé les forces fidèles à Mouammar Kadhafi de continuer à massacrer la population civile à Misrata, troisième ville de Libye. La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton avait elle souligné que la communauté internationale devait accroître sa pression pour «faire savoir clairement que Kadhafi doit partir». David Cameron et le président Nicolas Sarkozy avaient aussi exhorté la veille le colonel Kadhafi à quitter le pouvoir et invité ses partisans à s'en démarquer avant qu'il ne soit «trop tard».

Outre la quarantaine de ministres des Affaires étrangères, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, et les dirigeants de l'Union africaine, de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) et de l'Otan étaient présents à Londres, de même qu'un représentant de la Ligue arabe. Le Qatar a été, lundi, le premier pays arabe à reconnaître le Conseil national de transition (CNT), mis sur pied par les insurgés, qui s'est engagé mardi à organiser des élections libres une fois Mouammar Kadhafi parti.

Un membre du CNT invité à Londres

Mahmoud Djebril, l'un des membres du CNT, a été invité à Londres pour rencontrer Cameron et Clinton mais n'a pas participé à la conférence. L'accord conclu dimanche sur le transfert du commandement des opérations des Etats-Unis à l'Otan a été retardé par les inquiétudes de la Turquie concernant des pertes civiles. Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a déclaré aux journalistes l'accompagnant à Londres que la protection des civils était la priorité des priorités, et qu'il importait de tirer les leçons des conflits afghan et irakien.

La Turquie, grand pays musulman membre de l'Otan, a souhaité faire partie du comité de pilotage politique qui doit être mis sur pied. L'Otan, estime Ankara, pourrait faire pression sur Kadhafi pour qu'il cesse toute attaque contre des civils et respecte un cessez-le-feu, après quoi le peuple libyen devrait être amené à décider de la manière dont il souhaite reconstruire le système politique de son pays.

Moscou, qui ne fait pas partie de la coalition et s'est abstenu lors du vote sur la résolution 1973 des Nations unies instaurant une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye, n'était pas représenté à Londres. L'Italie a proposé lundi un accord politique pour sortir du conflit libyen, prévoyant l'instauration rapide d'un cessez-le-feu, le départ de Kadhafi en exil et un dialogue entre les insurgés et les chefs des tribus. Pour Rome, seule l'Union africaine, qui était absente à Londres en raison de dissensions internes, peut convaincre le «Guide» libyen de quitter le pouvoir.

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