Laurent Wauquiez: «L'Europe demande le départ de Kadhafi»

INTERVIEW Le ministre des Affaires européennes a répondu à «20 Minutes» à l'occasion de la tenue ce mardi du sommet international sur la Libye à Londres...

Propos recueillis par Faustine Vincent

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L.BONAVENTURE / AFP

La France et la Grande-Bretagne vont présenter ce mardi, lors du sommet international à Londres, une «solution politique et diplomatique» au conflit en Libye...
Nicolas Sarkozy et David Cameron veulent ouvrir une nouvelle séquence politique et diplomatique après la résolution de l’ONU, car une opération militaire ne réglera pas le problème. Il faut se pencher sur la question du futur gouvernement et de l’avenir politique du pays. C’est aux Libyens de trouver la réponse. Le président et le Premier ministre britannique proposent d’inclure dans un dialogue politique national le Conseil national de transition (CNT) en Libye ainsi que d’autres acteurs, comme les chefs traditionnels, et tous ceux qui veulent se joindre à ce processus démocratique, y compris ceux qui ont fait défection au pouvoir.

Lors du Conseil européen jeudi et vendredi derniers, les 27 ont appelé Mouammar Kadhafi à «quitter immédiatement le pouvoir». Or la résolution 1973 de l’ONU vise uniquement à protéger les civils… Quel est vraiment l’objectif de la communauté internationale?
Le seul objectif de l’intervention militaire c’est de protéger les civils. Sur le plan politique, et dans le prolongement de la résolution, l’Union européenne demande le départ de Kadhafi. Le devoir de l’UE est double: éviter les massacres - nous avons réussi à éviter que Benghazi devienne un nouveau Srebrenica - et accompagner le peuple vers une transition démocratique, ce qu’on fait ce mardi au sommet de Londres.

Et si Kadhafi reste?
Le pire n’est jamais sûr. On pèse de tout notre poids pour éviter que la folie de cette dictature reste en place. L’investissement très fort de la France a porté ses fruits, donc on peut raisonnablement être optimiste. En une semaine, la coalition a arrêté l’avancée de Kadhafi. Après, personne ne souhaite un enlisement.

Quel est le rôle de l’UE en Libye? Car elle n’est ni un acteur militaire direct, ni une puissance politique, et les Européens sont divisés sur la question.
Il y a trois points importants. Premièrement, au-delà des différences de sensibilités sur les moyens militaires déployés ou par les Etats-membres, l’UE a eu une voix unie sur la Libye pour dire «Kadhafi doit partir» et «on soutient la résolution de l’ONU». Ce n’était pas gagné. Deuxièmement, elle assure le suivi humanitaire des réfugiés aux frontières. Troisièmement, l’UE avance sur les sanctions pour éviter que Kadhafi vende des actions d’Etat ou utilise l’argent du pétrole pour payer des mercenaires. Sur le plan politique, notre préoccupation c’est de sauvegarder l’unité de la Libye pour qu’elle ne s’émiette pas en tribus s’opposant les unes aux autres.

La France a milité pour une intervention militaire, à laquelle l’Allemagne était opposée. Le couple franco-allemand, censé être le moteur de l’Europe, connaît-il de nouvelles turpitudes?
Sur la Libye, la France et l’Allemagne ont eu des moments de désaccord, mais ce n’est pas un drame et cela n’enlève rien à la solidité de cette relation. Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, m’a demandé d’y veiller particulièrement. Il a fallu expliquer nos positions. Pour l’Allemagne, marquée par le souvenir de la Seconde Guerre mondiale, une intervention militaire ne va jamais de soi. Elle ne souhaitait pas intervenir en Libye. Nous devons respecter ça, comme eux respectent notre position. Là, j’ai le sentiment qu’on s’est rapproché, grâce notamment à la complicité entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, alors que c’était plus tendu la semaine dernière.

 

Pacte pour l’euro 
Au Conseil européen, les 27 ont entériné le «pacte pour l'euro». Certains, comme le PS, dénoncent un pacte «régressif». Laurent Wauquiez salue quant à lui un «pacte équilibré» entre investissements et coupes budgétaires. «On a maintenant une caserne de pompiers - le gouvernement économique -, une réserve d’eau - un fond de défense de l’euro -, et des sapeurs pompiers - un système de surveillance pour éviter d’avoir une crise qui couve qu’on s’en aperçoive, comme ce fut le cas pour la Grèce». «Si on abandonne l’euro, comme le veut le FN, on reviendra à des taux d’intérêt de 9%», ajoute-t-il.