La dernière geisha de Kamaishi ne s'est pas laissée abattre par le tsunami

JAPON A 84 ans, Tsuyako Ito est la dernière geisha de la ville. Elle a tout perdu lors du tsunami du 11 mars dernier...

© 2011 AFP

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Tsuyako Ito répond à une interview à Kamaishi, le 25 mars 2011
 

Tsuyako Ito répond à une interview à Kamaishi, le 25 mars 2011   — K.Nogi

La «dernière geisha» de Kamaishi a tout perdu dans le récent tsunami au Japon, de son kimono à ses instruments de musique, mais elle a conservé son talent vocal et son entrain.

Il faut dire que Tsuyako Ito, 84 ans, en a vu d'autres. Elle a subi les bombardements aériens et navals américains de la deuxième Guerre mondiale et a survécu à de multiples tremblements de terre.

Elle a aussi été victime de trois tsunamis, dont celui du 11 mars qui a dévasté la côte nord-est japonaise et qui a été déclenché par un séisme de magnitude 9, une double catastrophe qui a fait plus de 10.000 morts et quelque 17.000 disparus.

Tsuyako Ito, 84 ans, est la dernière geisha de Kamaishi

Dans sa ville de Kamaishi, une cité qui avait connu son essor grâce à ses aciéries, Tsuyako Ito est connue pour être «la dernière geisha en activité».

Le dernier tsunami «a été le pire de tout», assure la vieille femme, assise sur un futon dans un gymnase servant de centre d'hébergement des rescapés du désastre. Une centaine de personnes, surtout des personnes âgées, y sont accueillies. La plupart ont fui avec seulement leurs vêtements sur le dos. Quand le séisme de magnitude 9 a frappé, la geisha se préparait à se rendre dans un luxueux restaurant pour y chanter devant les clients et jouer de son shamisen, un luth traditionnel à trois cordes pincées.

«Je me suis mise à courir sur la route même où ma mère avait couru en me portant sur ses épaules, il y a bien longtemps, lorsque j'étais bébé», relate-t-elle. «Mon kimono, mes ceintures, deux shamisen, mes accessoires de coiffure... tout a disparu. Comment donc cela est-il possible?»

«J'ai toujours mes capacités artistiques et morales»

Sa maison a été frappée de plein fouet par un véhicule et d'énormes débris charriés par le flot en furie. «J'ai retrouvé dans ma demeure une voiture et un cadavre. C'est un souvenir horrible», dit-elle. «Mais j'ai toujours mes capacités artistiques et le moral. C'est là ma fierté», poursuit la geisha, qui a choisi ce métier pour aider financièrement sa famille, après que son père fut tombé malade. «Je souhaite même chanter et danser pour tout le monde ici», affirme-t-elle, avant d'entonner quelques couplets en faisant semblant de jouer sur un shamisen imaginaire.

Tsuyako Ito, dont le vrai nom est Chikano Fujima, a commencé sa carrière de geisha à l'âge de 12 ans, à Kamaishi, ville située à 450 kilomètres au nord de Tokyo. Ces dames de compagnie raffinées, qui ont traditionnellement une clientèle aisée, dédient leur vie à la pratique d’excellence des arts traditionnels japonais. «Je n'ai pas de regrets. Mon maître m'a enseigné de travailler dur afin de posséder quelque chose que personne ne peut te prendre».

Une centaine de de geishas à l'époque la plus active de la ville

Kamaishi a compté jusqu'à une centaine de geishas à l'époque la plus active de la ville, quand le géant de la sidérurgie japonaise, Nippon Steel, y faisait fonctionner à plein rendement ses usines. La cité a connu depuis les années 1960 un déclin et une récession causés par la concurrence étrangère, même si les hauts-fourneaux sont encore là. «A cause de cela, toutes les geishas sont parties. Il ne reste plus que moi ici», explique Tsuyako Ito.

«Je veux apporter du plaisir à tout le monde en jouant une fois que la rénovation de la ville sera lancée», promet-elle. «Même si je n'ai plus d'amies geishas, je vais jouer et danser avec entrain».