Cinq embarcations transportant 291 personnes sont arrivées dans la nuit de lundi à mardi à Lampedusa, portant à près de 6.000 le nombre d'immigrés entassés dans des conditions précaires sur la petite île italienne située au large de la Tunisie.

La situation reste tendue sur ce confetti de 20 km2, qui compte quelque 6.000 habitants où le centre d'accueil pour clandestins normalement prévu pour accueillir 850 personnes, en héberge plus de 2.200.

Un navire militaire, le San Marco, a appareillé mardi en fin d'après-midi de Sicile en direction de Lampedusa d'où il doit évacuer quelque 700 immigrés, alors que le maire de l'île Bernardino de Rubeis et le Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) ont demandé le transfert immédiat des immigrés vers d'autres centres.

"Lampedusa doit être désengorgée au plus vite: cette situation insoutenable fait monter la tension au sein des migrants et de la population", a déclaré la porte-parole italienne du HCR, Laura Boldrini. "Une situation d'urgence humanitaire de cette importance sur l'île ne s'est jamais vue", a-t-elle ajouté.

"La situation est critique: les immigrés dorment par terre et sous les camions. Il faut organiser des transferts rapides (...) Aujourd'hui, Lampedusa donne une image de chaos et de désorganisation", a-t-elle dénoncé.

A l'issue d'une réunion convoquée mardi à Rome, le ministre de l'Intérieur Roberto Maroni, a annoncé avoir eu l'accord de plusieurs régions et provinces italiennes pour accueillir jusqu'à 50.000 immigrés.

"Le plan d'accueil est en train d'être finalisé et il sera présenté dans les prochains jours. Dans la répartition des immigrés, nous tiendrons compte du nombre d'habitants dans chaque région", a-t-il précisé.

M. Maroni a également annoncé qu'il se rendrait mercredi à Tunis pour "trouver un accord avec les autorités de ce pays sur les initiatives qui peuvent arrêter le flux d'immigrés vers Lampedusa".

"Les personnes arrivées sont toutes des jeunes, des hommes, c'est une génération en fuite. Il faut que l'Union européenne s'implique, la Tunisie est un pays ami et je suis optimiste sur les chances de résoudre le problème", a-t-il déclaré.

Rome demande régulièrement un engagement majeur de l'UE dans le règlement des problèmes de l'immigration clandestine, s'estimant abandonnée par ses partenaires.

La Croix-Rouge dénonce depuis plusieurs jours une situation "inacceptable" dans le centre d'accueil, où les immigrés s'entassent dans des conditions indécentes: absence de sanitaires en état de marche et de lits, promiscuité.

"Le comportement de l'Etat est honteux, l'Italie accepte que ces milliers d'immigrés soient traités comme des bêtes et obligés de dormir sous la pluie, toute l'Italie devrait avoir honte", avait aussi déclaré le maire ce week-end.

Le total des personnes arrivées depuis le début de l'année sur l'île dépasse désormais les 15.000, soit plus du triple de celles débarquées au cours de toute l'année 2010.