Heurts violents entre manifestants et forces de l'ordre à Casablanca, le 13 mars 2011. 
Heurts violents entre manifestants et forces de l'ordre à Casablanca, le 13 mars 2011.  - AFP PHOTO/CHAFIK

© 2010 AFP

Des dizaines de personnes ont été blessées, certaines grièvement, dimanche à Casablanca après que la police marocaine eut tenté de pénétrer au siège d'un parti de gauche où s'étaient réfugiés des manifestants, ont rapporté un journaliste de l'AFP et d'autres témoins. Après la dispersion par la force d'un rassemblement pacifique pour revendiquer des réformes politiques, des dizaines de manifestants se sont réfugiés à l'intérieur du siège du Parti socialiste unifié (PSU), d'opposition de gauche.

Vers 14h00 GMT, les forces de l'ordre ont tenté d'y donner l'assaut mais n'y sont pas parvenues face, notamment, à la résistance des manifestants. Des témoins, parmi lesquesl plusieurs journalistes dont un correspondant de l'AFP, ont vu que des dizaines de personnes avaient été blessées, certaines grièvement.

«Une rare violence»

«J'ai vu une femme enceinte et des jeunes filles sauvagement tabassées par la police. C'était d'une rare violence», a dit Hassan Hamdani, de l'hebdomadaire indépendant Tel Quel, présent lors de l'assaut. «On était en réunion au sein du bureau politique et on s'apprêtait à publier un communiqué très favorable au discours royal de mercredi quand les forces de l'ordre ont tenté de forcer le siège», a déclaré à l'AFP Mohamed Bouaziz, historien et l'un des dirigeants du PSU.

«C'est le préfet de Casablanca qui a donné l'ordre. Je considère cet acte comme une faute politique grave et un acte dirigé d'abord contre Sa Majesté (le roi Mohammed VI), qui a promis un renforcement des libertés individuelles», a ajouté Mohamed Bouaziz.

Des islamistes de Justice et Bienfaisance dispersés

Une centaine de personnes, pour la plupart des islamistes du mouvement Justice et bienfaisance, avaient été dispersées dimanche matin à Casablanca par les forces de l'ordre qui les ont empêché de tenir un rassemblement pour des réformes politiques.

Des témoins avaient alors fait état de violences et de premiers blessés. «Il y a eu une dizaine de blessés, parmi lesquels un journaliste du quotidien Al Ahdath Almaghribia (arabophone) au cours d'une dispersion par la force des manifestants». Selon un autre témoin «quatre membres des forces de l'ordre ont été blessés par les manifestants».

Interdit mais toléré par les autorités, le mouvement Justice et bienfaisance est l'un des plus importants au Maroc.

Manifestations après les annonces du roi

La place Mohammed V, où la plupart des manifestations ont lieu, avait été entièrement bouclée par les forces de l'ordre qui empêchaient systématiquement les manifestants et les piétons d'y accéder. Le roi Mohammed VI a annoncé mercredi d'importantes réformes démocratiques allant notamment vers un renforcement des pouvoirs du Premier ministre et l'«élargissement des libertés individuelles».

Il a fait ces annonces dans son premier discours à la nation depuis les manifestations du 20 février au Maroc pour réclamer plus de démocratie et moins de corruption, dans le contexte de la contestation qui secoue le monde arabe.

La presse marocaine avait salué vendredi les réformes, les qualifiant d'«historiques», tout en s'interrogeant sur l'avenir de certains proches du souverain. L'annonce des réformes avait aussi bien accueillie à l'étranger, par les Etats-Unis et l'Union européenne notamment.