Le «non» d'un Liban à l'autre

REPORTAGE Au coeur de la manifestation anti-Hezbollah à Beyrouth...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Une manifestation anti-Hezbollah, le 13 mars 2011 à Beyrouth.

Une manifestation anti-Hezbollah, le 13 mars 2011 à Beyrouth. — David Hury / 20minutes.fr

«Nous sommes là pour dire "non !" au pays que le Hezbollah nous propose!», lance Rana, une jeune manifestante lovée dans un drapeau libanais. Tous ses amis qui l’entourent reprennent en chœur l’hymne libanais, Tous pour la patrie. Les autobus ont commencé à déferler sur Beyrouth tôt le matin, du sud, du nord, de la montagne. L’ambiance est chaleureuse sous un ciel bleu miraculeux après la tempête des jours précédents. Tous ici ont répondu présent à l’appel de l’alliance du 14 Mars, regroupant principalement les sunnites de Hariri, et les chrétiens de Geagea et de Gemayel.

«Intifada de la dignité»

La manifestation anti-Hezbollah organisée ce midi au centre-ville de Beyrouth aura atteint son objectif: montrer que l’alliance du 14 Mars n’est pas morte, avec des centaines de milliers de participants. Depuis la chute du gouvernement de Saad Hariri le 12 janvier dernier, l’ex-majorité a donc choisi d’entrer dans une opposition «féroce mais démocratique contre le diktat des armes du Hezbollah chiite». Exit la formule de gouvernement d’union nationale: le Premier ministre désigné, Nagib Mikati, n’est toujours pas parvenu à former un nouveau gouvernement.

A la tribune, installée au pied de la statue des Martyrs, les leaders politiques défilent. Tous tiennent le même discours, durant cette «intifada de la dignité» comme l’a appelé Farès Souaid, secrétaire général du 14 Mars. «Cette seconde révolution du cèdre ne faiblira pas tant qu’existera un Etat dans l’Etat», scande Samir Geagea, chef des Forces libanaises; «L’unité du Liban ne pourra être effective tant que les armes illégales ne seront pas rendues», martèle Amine Gemayel, chef des Kataeb.

«le droit de savoir qui a tué tous les martyrs de l’Indépendance»

Le dernier orateur, l’ex-Premier ministre Saad Hariri et fils de Rafic Hariri dont l’assassinat le 14 février 2005 avait marqué le début de la «révolution du cèdre», était le plus attendu, le gros de la foule étant clairement sunnite ce dimanche à Beyrouth: «Nous militons en faveur d’un pays où seule l’armée détient les armes aptes à nous défendre contre Israël. Nous n’abandonnerons pas notre liberté et le droit de savoir qui a tué tous les martyrs de l’Indépendance», en allusion au Tribunal spécial international (TSL) que le Hezbollah tente de torpiller depuis l’été dernier, celui-ci étant dans la ligne de mire des enquêteurs onusiens dans le cadre de l’assassinat de Rafic Hariri.

Les organisateurs espéraient réunir un million de manifestants. Difficile de dire si ce chiffre symbolique aura été atteint. L’autre alliance politique, celle du 8 Mars menée par les chiites du Hezbollah et les chrétiens de Michel Aoun, a d’ores et déjà prévenue qu’elle pourrait faire mieux dans les prochains jours, en appelant à une grande manifestation en faveur du futur gouvernement de Mikati.

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