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Reuters

Mouammar Kadhafi a déployé des forces ce mardi à la frontière occidentale de la Libye, poursuivant le bras de fer avec une communauté internationale menaçante mais hésitante sur une possible option militaire. La révolte libyenne aboutira «à une démocratie pacifique ou à une guerre civile prolongée», a prédit la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton. L'impétueux colonel, qui exerce un pouvoir sans partage depuis 41 ans, ne semble pas prendre toute la mesure de l'opposition qui s'est formée contre lui ces dernières semaines, tant dans la communauté internationale que parmi la population.

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L'Occident demeure, lui, partagé sur la pertinence d'établir une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye et réticent à une intervention militaire.Mais la grande majorité des capitales s'accorde désormais à réclamer le départ immédiat de Kadhafi. Certaines mettent en doute son état mental. «Voilà un homme qui a basculé dans un autre monde psychologique», a dit le porte-parole du gouvernement français, François Baroin. Au Kremlin, une source citée par l'agence russe Interfax le qualifie de «cadavre vivant de la politique, qui n'a plus sa place dans le monde moderne et civilisé».

L'armée libyenne se redéploie

«Mon peuple m'aime. Ils mourraient pour me protéger», avait assuré Kadhafi lundi aux médias anglo-saxons ABC et BBC. Son fils et porte-parole Saïf al Islam a réaffirmé ce mardi que le colonel âgé de 68 ans ne fuirait ni ne démissionnerait: «L'usage de la force contre la Libye n'est pas acceptable, il n'y a aucune raison, mais s'ils le veulent (...) nous sommes prêts, nous n'avons pas peur», a-t-il dit à la télévision anglaise Sky, ajoutant: «Nous vivons ici, nous mourons ici.»

Douze heures après l'annonce par le Pentagone du déploiement de forces américaines près de la Libye, l'armée libyenne a refait son apparition à Dehiba, poste-frontière avec la Tunisie. Elle a en outre déployé des renforts à Nalout, à une soixantaine de kilomètres de là, pour ne pas laisser la ville aux insurgés qui acculent le régime dans l'ouest du pays après avoir pris le contrôle de l'Est.

Kadhafi en perte de vitesse

Mouammar Kadhafi reste maître de Tripoli et de Syrte, ses derniers bastions importants. Il laisse planer la menace d'un recours à la force mais ses capacités ont diminué en raison de défections politiques et militaires. Il a perdu le contrôle des gisements de pétrole et les sanctions de la communauté internationale vont restreindre sa capacité financière. Des spécialistes de la Libye ne l'imaginent toutefois pas tenter une offensive militaire de la dernière chance et voient dans ses menaces une «manoeuvre politique».

«Kadhafi est fini s'il le fait et fini s'il ne le fait pas. Dans les deux cas, il est très vulnérable», résume Achour Chamis, un activiste et journaliste libyen basé à Londres. Le déploiement de forces américaines ne signifie pas non plus, selon les spécialistes, l'imminence d'une intervention militaire, qui serait très risquée. Il peut en revanche être un moyen de menacer Kadhafi, disent-ils, mais aussi servir à des opérations humanitaires, comme l'a souligné Hillary Clinton.

Intervention militaire?

Le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a confirmé qu'il n'y avait «pas d'intervention militaire anticipée» au stade actuel. «Différentes options peuvent être étudiées, notamment celle d'une zone d'exclusion aérienne, mais je le dis ici très clairement: aucune intervention ne se fera sans un mandat clair du Conseil de sécurité des Nations unies», a-t-il souligné à l'Assemblée nationale.

Les membres du Conseil de sécurité de l'Onu sont divisés sur l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne, qui permettrait d'empêcher l'aviation libyenne de tirer sur les civils et de détruire leurs dépôts d'armes. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne défendent cette option, la France et la Chine sont plus réservées. Le chef du commandement militaire central américain a souligné que «cela relèverait du défi (car il) s'agirait d'opérations militaires». Autre signe de l'accélération des manoeuvres diplomatiques, le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a convoqué un conseil européen extraordinaire sur la Libye vendredi 11 mars.

À Tripoli, où certains quartiers sont passés aux mains des opposants, le rationnement se fait sentir dans les boulangeries. La principale télévision publique, Jamahiriya, n'est plus accessible, selon un habitant. Des groupes de Libyens en exil cherchent à persuader les opérateurs satellite de couper la retransmission des chaînes officielles, outils de propagande de Kadhafi. On ignore si les interférences sont liées à cette campagne. À Benghazi, tenue par les insurgés, les habitants ne signalent aucune pénurie et l'essence, rare il y a quelques jours, a fait son retour à la pompe.