Côte d'Ivoire: «Ouattara a sans doute raté le coche en termes de mobilisation politique et sociale»

MÉDIATION a mission a échoué, et Laurent Gbagbo est toujours au pouvoir...

Armelle Le Goff

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Reuters

Encore un échec. Le Premier ministre kényan a quitté ce mercredi la Côte d’Ivoire sans que sa mission de médiation pour l'Union n’ait aboutie. Au pays des éléphants, la crise politique née aux lendemains de l’élection présidentielle du 28 novembre est donc loin d’être réglée. Laurent Gbagbo est toujours au pouvoir, tandis qu’Alassane Ouattara, pourtant reconnu comme président légitime par l’ensemble de la communauté internationale, reste reclus à l’hôtel du Golf, à Abidjan.

Bon gré, mal gré, celui que tout le monde surnomme «le boulanger» pour son aptitude à rouler ses adversaires dans la farine, a donc réussi à gagner suffisamment de temps pour se maintenir à la tête du pays. «Pas étonnant», répond Bernard Conte, maître de conférences à l'Université Montesquieu-Bordeaux IV et spécialiste de la Côte d’Ivoire, qui rappelle que «c’est la stratégie de Gbagbo depuis 2005» et la fin officiel de son mandat.

Ouattara a sans doute raté le coche de la mobilisation

Quels moyens, dès lors, pour obtenir que Gbagbo quitte le pouvoir? Si Bernard Conte croit à l’efficacité de sanctions financières, Richard Banegas, maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur au Centre d’études des mondes africains (Cemaf), est, lui, beaucoup plus circonspect. «La Côte d’Ivoire est un pays  qui a beaucoup de ressources, souligne-t-il. Des sanctions financières ne seront donc pas forcément dissuasives».

Un temps envisagé, une intervention armée de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), aurait, aux yeux de Richard Banegas, «un effet désastreux. D’autant plus qu’elle aurait pour conséquence d’installer Ouattara au pouvoir alors qu’il est sans cesse présenté comme le candidat de l’extérieur par le clan Gbagbo, ce qui serait politiquement coûteux pour lui». Assuré du soutien de l’ensemble de la communauté internationale aux lendemains du second tour, «Ouattara a sans doute raté le coche en termes de mobilisation politique et sociale», considère Richard Banegas pour qui «la seule variable qui pourrait changer la donne aujourd’hui, ce serait que les Forces nouvelles, sans doute seules à même de modifier le rapport de force, interviennent».

Le spectre de la violence

Reste un pays, bloqué dans une impasse politique, qui pourrait, à tout moment, basculer dans la violence. «On peut légitimement se demander si ce n’est pas l’option privilégiée aujourd’hui par Gbagbo», s’interroge Bernard Conte. La semaine dernière, le quartier d’Abobo à Abidjan, considéré comme un des fiefs d’Alassane Ouattara, a été plusieurs jours de suite, le théâtre de violents affrontements.

Un scénario qui pourrait se répéter selon Richard Banegas. « Mais une négociation n’est pas à exclure. Auparavant, Gbagbo a déjà montré qu’il pouvait négocier, notamment, à Marcoussis, en 2003 et surtout à Ouagadougou en 2002 ». Preuve de l’inquiétude qui prévaut dans les chancelleries, le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé aujourd’hui à l'unanimité l'envoi de 2000 casques bleus en renfort en Côte d'Ivoire.