Des Tunisiens manifestent leur joie après le départ de Ben Ali, le 14 janvier 2011.
Des Tunisiens manifestent leur joie après le départ de Ben Ali, le 14 janvier 2011. - C.ENA/AP/SIPA

N. Be.

«L’indépendance tunisienne, ce n’est pas 1956, c’est aujourd’hui.» Au soir de l’annonce du départ du président Ben Ali, Imed, un Tunisois qui habite le centre-ville, n’a pas de mots assez forts pour décrire ce moment historique. «Aujourd’hui, le peuple a dit son nom. Il a dit qu’il voulait vivre.»

Vendredi matin, il était devant le ministère de l’Intérieur, pour manifester son hostilité au pouvoir. «Comme tout le monde, précise-t-il. Les avocats, les médecins, les chômeurs, les jeunes, les vieux, les hommes, les femmes...» Déjà, raconte-t-il, «un détail ne trompait pas: durant la manifestation, on voyait qu’une partie des militaires et des policiers ne suivaient pas, qu’ils ne voulaient pas obéir aux ordres du pouvoir.»

«Tout dépend de samedi»

Un peu plus tard, c’est par téléphone -«la première source d’informations avec Facebook» qu’Imed, directeur administratif et financier d’une agence de voyages, a appris ce qui se passait à l’aéroport: «Un commandant de bord refusait de décoller parce que des membres de la famille du président étaient dans l’avion.» Finalement, explique-t-il, l’annonce officielle du départ de Ben Ali à la télévision n’a fait que confirmer l’impression partagée par beaucoup que le régime autoritaire s’écroulait.

Cet instant, Imed l’a vécu avec soulagement. Mais il n’en a «pas fait la fête» pour autant. Car tout commence, selon lui. «Ghannouchi (le Premier ministre qui assure l’intérim, ndr) est quelqu’un de bien, mais on se méfie des militaires..., tempère Imed. Tout dépend de demain (samedi, ndr).» 

Samedi, justement, Imed retournera dans la rue. «On ne peut pas rester à la maison. Il faut mettre la pression sur Ghannouchi. On n’a plus rien à perdre, même s’il faut souffrir encore un jour ou trois semaines... Même si cela doit faire encore un mort, 100 ou 300...», explique-t-il avec calme. Et quand on lui demande si un lieu et une heure de rendez-vous ont été fixés, Imed rétorque: «Demain, c’est sans rendez-vous. Pour tous les Tunisiens, c’est automatique.»