Des supporteurs d'Alassane Ouattara manifestent devant le quartier général de l'ONU à Bouake, le 5 décembre 2010.
Des supporteurs d'Alassane Ouattara manifestent devant le quartier général de l'ONU à Bouake, le 5 décembre 2010. - REUTER/Luc Gnago

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

Combien de temps la situation actuelle en Côte d’Ivoire peut-elle encore durer?

Il est très difficile de prédire ce qui va se passer, et dans quel délai. Cependant, la situation actuelle peut perdurer assez longtemps. Le gouvernement Gbagbo a déjà prouvé sa résilience: il y a eu d’autres périodes où l’on pensait pouvoir se débarrasser de lui, mais il est toujours là. Ce qui est sûr c’est qu’il est très hautement improbable que les actions mises en œuvre par l’international aboutissent sous peu. En témoigne l’échec des négociations lancées par Thabo Mbeki.

Les pressions internationales ne peuvent donc pas jouer?

Il est clair qu’elles n’auront pas d’effet à court terme. D’autant plus que, depuis 2002, le régime Gbagbo a su composer avec ces pressions internationales. Il en a même fait une ressource de légitimité politique: il se présente comme le dernier rempart de la République contre l’extérieur. La situation peut évoluer, mais il y a peu de chances de la faire bouger depuis l’extérieur. Ce sont les rapports de force internes qui comptent.

Qui penchent pour le moment en faveur du camp Gbagbo…

Oui, la main est au camp Gbagbo, qui a su conserver le pouvoir en respectant les formes. Il a agi selon tous les canons de la légalité constitutionnelle et c’est tout à son avantage, car cela lui permet d’occuper l’Etat et toutes ses fonctions de façon officielle, alors que l’opposition et Alassane Ouattara peuvent être présentés comme des rebelles.

Alassane Ouattara est donc vaincu d’avance?

Ce qui compte, ce sont les ressources et moyens de chaque camp pour faire plier l’autre. Et force est de constater que Ouattara ne gouverne pas grand-chose. Cependant, je ne crois pas trop à un repli de Ouattara sur Yamoussoukro (dans le Nord). Le repli reviendrait à donner la victoire à son adversaire. De plus, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) compte dans ses rangs des militants très mobilisés qui n’attendent que le signal de la direction pour descendre dans la rue. Mais, s’il faut aller chercher le pouvoir de cette façon, l’avantage sera également du côté de Gbagbo.

Pourquoi?

Depuis le début de la crise, il a mis en place des agoras dans les quartiers grâce aux jeunes patriotes et des milices tournent aussi dans les villes et les campagnes. Le tout sans compter les capacités de l’armée et des forces de sécurité, qui lui ont à nouveau fait allégeance. Le pouvoir n’hésitera pas à répliquer par la force: c’est sûr, cela finirait en bain de sang, comme cela a été le cas en 2004. Toute la question est là: qui sera prêt à aller mourir dans la rue pour porter son candidat au pouvoir?