Des supporteurs d'Alassane Ouattara célèbrent la victoire de leur candidat à l'élection présidentielle ivoirienne, le 2 décembre 2010.
Des supporteurs d'Alassane Ouattara célèbrent la victoire de leur candidat à l'élection présidentielle ivoirienne, le 2 décembre 2010. - REUTERS/Luc Gnago

Michel Galy est chercheur et politologue au Centre d’étude sur les conflits. Il décrypte pour 20minutes.fr la situation actuelle en Côte d’Ivoire.

Comment se fait-il que le Conseil constitutionnel a proclamé Laurent Gbagbo vainqueur, alors que la commission électorale indépendante (CEI) avait indiqué jeudi qu’Alassane Ouattara avait gagné?

Déjà, ce n’est pas étonnant qu’ils n’aient pas donné le même vainqueur: la CEI est dominée au deux tiers par des partisans de Ouattara, alors que le Conseil constitutionnel est pro-Gbagbo. De plus, les chiffres de jeudi ont été donnés dans des circonstances particulières: le président de la commission électorale indépendante (CEI) a annoncé les résultats seul, sans qu’il y ait eu un consensus à l’intérieur de la commission, sans que tous les procès-verbaux n’aient été validés. En effet, dans certaines zones (notamment à l’ouest, fief de Gbagbo, et au nord, celui de Ouattara), il y a eu des bourrages d’urnes et des violences en marge de l’élection.

Cette situation risque-t-elle de déclencher des débordements violents?

Bien sûr. Déjà des violences ont eu lieu lors du second tour de l’élection et ces derniers jours, aussi bien à Abidjan qu’en brousse. A cause de cette situation, il risque d’y avoir encore plus: un haut cadre du Rassemblement des républicains (RDR, le parti de Ouattara) m’a affirmé qu’ils étaient prêts à faire descendre leurs jeunes dans la rue. Je sais que le parti de la majorité présidentielle (LMP) est prêt à faire la même chose.

Y a-t-il un risque de voir ces actes de violence toucher les Français expatriés?

Pour l’instant, c’est une vendetta électorale. La violence n’a lieu qu’entre Ivoiriens. Les morts et blessés chez les pro-Gbagbo et les pro-Ouattara se répondent. Cependant, le LMP a fait passer l’idée qu’Alassane Ouattara, en tant qu’ex-directeur adjoint du Fonds monétaire international, est le «candidat de l’étranger», sous-entendu celui que la communauté internationale, au premier rang de laquelle la France, soutient et tente d’imposer. C’est un risque pour les Français expatriés. Mais pour le moment ces derniers, aussi bien les expatriés que la Force Licorne, sont très discrets, et c’est dans leur intérêt.

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