C'est peut-être l'ultime recours. Jeudi, l'administration Obama a indiqué qu'elle envisageait de prendre contact directement avec le groupuscule américain qui prévoit de brûler le Coran dans l'espoir qu'il renonce à un projet dénoncé dans le monde entier comme une incitation à la violence.
«C'est un geste destructeur», a averti le président américain Barack Obama, au sujet de l'initiative de la petite église de Floride dirigée par le pasteur Terry Jones. «C'est une aubaine pour le recrutement d'Al-Qaïda. Il pourrait y avoir de graves violences au Pakistan ou en Afghanistan. Cela pourrait intensifier le recrutement d'individus qui sont prêts à se faire exploser dans des villes américaines ou européennes», a-t-il ajouté.
La marge de manoeuvre du gouvernement reste cependant limitée, puisqu’il ne dispose d'aucun moyen juridique d'empêcher l'autodafé, le droit américain étant fondé sur la liberté d'expression. Toutefois, alors qu'il semblait décidé à mener son projet à terme coûte que coûte, le pasteur a reconnu jeudi dans le quotidien USA Today qu'il ne «pourrait pas ignorer» un éventuel appel des autorités américaines à annuler la manifestation.
De son côté, l'organisation de coopération policière Interpol a lancé une alerte à ses 188 pays membres, mettant en garde contre des «attaques violentes visant des innocents» si le projet est mené à terme.
Signe que la tension monte, en Afghanistan, des milliers de personnes se sont rassemblées dans une petite ville pour crier des slogans anti-américains et anti-chrétiens. Le département d'Etat a invité les ambassades américaines à évaluer la menace et appelé les Américains dans le monde entier à «être attentifs aux réactions locales à la situation».
L'Université de Floride s'est aussi placée en état d'alerte, demandant à son personnel et ses étudiants de signaler toute «personne ou paquet suspect». Le maire de Gainesville, Craig Lowe, a indiqué qu'il avait un «plan» pour gérer la situation, sans en préciser les modalités, et appelé la population à se tenir à l'écart du site où doit se dérouler l'autodafé.
Dans le monde, la liste des mises en garde s'allongeait d'heure en heure. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a jugé l'initiative «inacceptable». Le président pakistanais Asif Ali Zardari a parlé d'un projet qui risque «d'enflammer les sentiments des musulmans».
La France a condamné ce projet qui constitue «une insulte» aux morts du 11-Septembre, victimes eux-mêmes du «dévoiement de la religion». L'Inde a appelé les médias du pays «à ne pas diffuser d'images de cet acte déplorable». Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a jugé que de telles démarches «minent la tolérance religieuse et la paix». Pour Londres, il s'agit d'une «insulte» faite aux musulmans.
Des responsables religieux ont cependant cherché à désamorcer la colère. Pour les oulémas (théologiens officiels) du Maroc, le projet d'autodafé relève «d'une initiative isolée, étrangère aux valeurs de la religion chrétienne».
L'une des principales organisations musulmane américaine, le Council on American Islamic Relations (CAIR), a appelé jeudi ses coreligionnaires au calme, soulignant que «la meilleure façon de défendre le Coran» restait d'«avoir un haut niveau de tolérance face aux personnes ignorantes».