Excuses historiques de Londres pour le «Bloody Sunday»

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Publié le 15 juin 2010.

HISTOIRE - 13 personnes avaient été tuées par l'armée anglaise le 30 janvier 1972 à Londonderry en Irlande du Nord...

David Cameron a présenté des excuses solennelles aux familles des manifestants catholiques abattus par des parachutistes à Londonderry, lors du Bloody Sunday le 30 janvier 1972, «l’une des pires tragédies» en Ulster. Le Premier ministre britannique n’avait d’autre choix après les conclusions accablantes de la commission d’enquête la plus longue et la plus coûteuse de l'histoire judiciaire du pays. D’après le rapport, les soldats anglais ont «perdu leur discipline» et tiré sur des victimes ne constituant «aucune menace». 

«Ce qui s'est passé le jour du Dimanche sanglant était non justifié et non justifiable. C'était mal», a martelé David Cameron devant les députés. «Au nom du pays, je suis profondément, profondément désolé». Sa déclaration sans concessions a été saluée par une ovation à Londonderry, où plus d'un millier de personnes s'étaient massées dans l'attente du jour historique où Londres avouerait enfin l'innocence des victimes. Les conclusions du rapport Saville, du nom du président de la commission, Mark Saville, sont «absolument claires». «Il n'y a aucun doute, aucune équivoque, aucune ambigüité», a-t-il asséné.

La question des poursuites judiciaires

Ces conclusions établissent que les treize catholiques tués alors qu'ils participaient à une marche pacifiste, et un quatorzième mort plusieurs mois après, «n'étaient pas armés», contrairement aux conclusions d'une première enquête officielle, bâclée en 1972.Cette première enquête exonérait les soldats pour mieux accabler les manifestants qui auraient été infiltrés par des paramilitaires de l'Armée républicaine irlandaise (IRA). Le Bloody Sunday «a renforcé l'IRA Provisoire, accru le ressentiment nationaliste et l'hostilité envers l'armée et exacerbé le conflit violent les années qui ont suivi», jusqu'à l'accord de paix du Vendredi saint, qui a mis fin en 1998 à 30 ans de troubles intercommunautaires responsables de plus de 3.500 morts dans la province britannique, a relevé le rapport.

«On peut dorénavant proclamer au monde que les morts et les blessés de Bloody Sunday (...) étaient innocents (et ont été) abattus par balles par des soldats qui ont fait croire qu'ils pouvaient tuer impunément», a lancé à Derry (Ulster) sous les vivats Tony Doherty, dont le père figure au nombre des tués. John Kelly a demandé que soit jugé le «soldat F», «tueur en série» qui a affirmé avoir mortellement blessé plusieurs manifestants, dont son frère Michael, parce qu'ils étaient «armés». Cette question est cependant restée ouverte mardi. Lord Saville s'est gardé de recommander des poursuites judiciaires. M. Cameron a estimé que la qualification de meurtre ou d'homicide ne relevait pas de la commission. Et le parquet de Belfast s'est contenté d'assurer qu'il allait étudier «aussi vite que possible les conclusions».

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