Prosélytisme sur fond d’humanitaire

Publié le 4 mars 2006.
Sitôt qu’ils apparaissent, on ne voit plus qu’eux. Impossible de manquer leur polo jaune poussin, frappé de ces lettres : « Aceh Sepatak, Scientology ». Comme tous les Occidentaux en route vers Aceh, les scientologues transitent par Medan et son aéroport, à 300 km au sud-est. Ils disposent dans cette ville d’un point d’appui, également utilisé par des associations humanitaires : le siège de l’association Aceh Sepatak. Cette structure regroupe la diaspora acehnée venue faire des affaires à Medan. Mochtar Yacob, son secrétaire général, ne paraît pas gêné par la réputation sulfureuse de l’église, classée dans un rapport parlementaire français comme un mouvement sectaire, mais tolérée aux Etats-Unis. Il souligne : « Près de 200 scientologues sont passés ici, venus de très nombreux pays comme la Suède, la Suisse la Nouvelle-Zélande ou l’Australie. Ils aident les réfugiés. » Passablement indisposée par l’incessant va-et-vient des membres de l’Eglise de scientologie, une volontaire du Secours populaire affirme que « les responsables d’Aceh Sepatak ne se rendent tout simplement pas compte de ce que représente la scientologie ». Hypothèse très probable. Interrogés sur les raisons de leur présence, les scientologues prétendent prodiguer des soins post-traumatiques. De quoi s’agit-il concrètement ? La question les embarrasse. Ils parlent de « massages » et d’un enseignement destiné à aider les sinistrés à mieux vivre leur situation. « Je serais très heureux de vous répondre, mais j’ai beaucoup de pression de mon boss. Appelez-le », coupe Mickaël, Australien comme beaucoup de membres de l’église présents ici. « Nous sommes en majorité venus de la zone Pacifique », confirme un autre membre originaire de Taïwan muni de cartes de visite appelant à contacter un numéro en Indonésie. Cette promptitude à faire du prosélytisme auprès de populations fragilisées n’est pas nouvelle. « Des sectes de tout poil débarquent souvent sur les lieux de catastrophes en même temps que les humanitaires. Cette fois, on les voit simplement beaucoup mieux à cause de leurs tee-shirts », lance, désabusé, un responsable chevronné du Secours populaire. Texte : Stéphane Colineau, photo : Sébastien Ortola
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