Une force d'argumentation qui ferait vaciller un juge de la Cour suprême. Mais ne lui dites pas cela. «Il ne faut surtout pas tenter d'influencer les juges de la Cour suprême. Rien ne doit pouvoir les atteindre», considère Sandrine Ageorges-Skinner, le visage tendu par la fatigue.
La juridiction, pilier du droit américain, devait statuer hier sur la requête déposée par les avocats de son mari. Une énième procédure visant à obtenir l'autorisation de verser au dossier des tests ADN jamais effectués par la justice. Hank Skinner, 47 ans, croupit depuis quinze ans dans les couloirs de la mort texans pour un triple meurtre qu'il nie avoir commis.
En 1993, le soir du réveillon de jour de l'An, sa compagne et les deux fils de celle-ci sont retrouvés chez eux, assassinés. Skinner était présent ce soir-là, mais il est incapable de se souvenir de quoi que ce soit. Et pour cause: une analyse toxicologique, réalisée a posteriori, démontre qu'il avait ingurgité un tel cocktail d'alcool et de médicaments qu'il aurait été incapable de se mettre debout sans aide. Deux ans plus tard, il est pourtant condamné après deux heures de délibérations.
Une spécialiste du droit américain
Il rencontre Sandrine Ageorges peu de temps après. Militante abolitionniste de longue date, elle travaille comme directrice de production dans l'audiovisuel et vient de découvrir l'association Lamp of Hope (la lampe de l'espoir) et le journal de condamnés à mort qu'elle décide de traduire en français. Elle commence à correspondre avec certains détenus, dont Skinner. Son premier courrier inscrit entre eux comme une «évidence». Mais de cette histoire personnelle et intime, elle ne dira rien jusqu'à ce que la justice fixe l'exécution de son mari au 24 février dernier et que les recours juridiques paraissent épuisés. Elle décide d'évoquer leur couple, officialisé en 2008, pour lui offrir une tribune dans les médias. Loin des «killer groupies», qui ne s'amourachent que d'hommes promis à l'échafaud, elle manie les subtilités du droit américain aussi bien qu'un juriste du cru.
Le dossier Skinner, elle le connaît sur le bout des doigts et sait que la cause est loin d'être perdue. «Mais on évolue aussi dans un système très politique, où les apparences doivent être sauves», constate-t-elle. Au Texas, où tout ce qui est extérieur à l'Etat est regardé avec circonspection, même une victoire juridique peut s'avérer contre-productive.
Elle n'exclut pas non plus que la Cour suprême oppose une fin de non-recevoir à leur dernier recours. Dans ce cas-là, une nouvelle date d'exécution sera fixée dans un délai de trente jours. «Si c'est le cas, je m'installe pour une grève de la faim devant le bureau du procureur», promet-elle. Inépuisable.
Samedi, Mumia Abu-Jamal, un autre détenu condamné à la peine capitale, aura passé plus de la moitié de sa vie dans le couloir de la mort. Ancien membre du Black Panther Party, cet homme de 56 ans a été condamné en 1982 pour le meurtre d'un policier blanc à l'issue d'un procès « non conforme aux normes internationales », selon Amnesty International. Son sort est suspendu à la décision de la cour fédérale de Pennsylvanie, qui n'a fixé aucune date pour étudier son cas.