Car les deux hommes ont les mêmes références: celles de l’entreprise, du management, ils sont tous les 2 dans la culture du «faire». Ils se réfèrent également à l’éthique catholique, qui porte les valeurs de la famille, et du travail. Silvio Berlusconi s’aligne toujours sur les positions du Vatican, et Nicolas Sarkozy a une grande proximité d’esprit avec le catholicisme sur les grandes questions morales.
Oui. Ce sont tous deux des personnages que j’appelle «télé-réels», c’est-à-dire qui alternent en permanence entre le terrain et les plateaux télé. Pour conquérir puis exercer le pouvoir, tous deux emploient la télévision d’aujourd’hui, à savoir celle qui fait prévaloir le talk-show (qui mêle vie privée et vie publique) et la téléréalité (qui met les candidats en compétition, qui encense les gagnants et a de la compassion pour les perdants). C’est aussi naturel pour Berlusconi, qui est à la tête d’un grand groupe de médias et propriétaire d’Endemol, que pour Sarkozy, qui s’est toujours dit un «enfant de la télé».
Ils ont également la même vision «marketing» de l’opinion publique. Ils la suivent, vont au devant de ses désirs, lui offrent son «story telling» quotidien: chaque jour, ils créent de l’information pour les citoyens, qu’ils considèrent comme un public. Ils font tous les deux de la politique sur le mode de la psychologie, de la passion et de l’émotion, et plus, comme la politique classique, sur le rationnel et le débat public.
Au-delà de leur âge et de leur personnalité, leur parcours. Silvio Berlusconi, c’est le self-made man, l’homme qui vient de l’entreprise, qui a passé 30 ans à construire son groupe de médias, et qui en connaît bien les rouages. Cela fait seulement 17 ans qu’il est entré en politique. Et il a toujours un discours anti-politique, qui marche bien en Italie où la population est très critique à l’égard de ce monde. À l’inverse, Nicolas Sarkozy est un politique professionnel, qui a toujours appartenu à un parti politique, à la sphère étatique.
Non. La différence majeure entre les deux hommes, c’est qu’ils exercent le pouvoir dans deux pays différents et qui envisagent différemment la chose publique. En France, l’Etat a une place centrale, sacralisée, et lorsque Sarkozy tente d’exercer le pouvoir différemment de ses prédécesseurs à la présidence de la République, il se heurte aux Français, et notamment à ses électeurs, qui sont choqués. En Italie, c’est différent. C’est l’entreprise, et surtout l’entreprise familiale qui est sacralisée. C’est l’atout majeur de Berlusconi. De plus, en Italie, il y a une profonde coupure entre le Nord (plus riche et industrialisé) et le Sud (plus pauvre et agricole), sur laquelle la Ligue du Nord et donc l’alliance de Berlusconi, s’appuie avec succès via le thème «On veut arrêter de payer pour le Sud». Ce qui ne serait pas possible en France, où l’unité est primordiale.