«Regarde moi ces pourritures crevées». Le site internet Wikileaks.org a rendu public lundi la vidéo-choc d'un raid d'un hélicoptère de l'armée américaine en Irak qui a provoqué en 2007 la mort de deux employés de l'agence de presse Reuters et de plusieurs autres personnes.
Les images, tournées à bord d’un hélicoptère Apache, sont accompagnées de la bande son des conversations -très brutales- entre les pilotes de l'appareil et le contrôle au sol.
On peut y voir un groupe d'hommes marcher dans une rue de Bagdad, parmi lesquels seront identifiés les deux employés de Reuters Namir Noor-Eldeen et Saeed Chmagh. Les pilotes de l'Apache, qui semblent prendre la caméra d'un des employés de Reuters pour un lance-grenade RPG, affirment avoir repéré «cinq ou six individus avec des AK-47». Ils demandent la permission «d'ouvrir le feu» sur ceux qu’ils croient être des insurgés. Autorisation qu'ils obtiennent presque instantanément.
Après la fusillade, l'un des pilotes pointe qu'il y a désormais «un tas de cadavres» sur place. «Regarde moi ces pourritures crevées», dit l'un. Un autre réplique: «Beau travail». Peu après, une camionnette -venue selon les soldats récupérer les armes des insurgés- s'arrête pour ramasser les morts et les blessés et est à son tour la cible des hélicoptères américains. Deux enfants dans la camionnette sont blessés.
Des images probablement transmises par des sources au sein de l'armée
Wikileaks, qui consacre un site spécial à la vidéo, ne précise pas comment ces images ont été obtenues. Elles auraient été transmises par des sources au sein de l’armée américaine. Ainsi, sur Twitter, le site avait annoncé, fin février, avoir réussi à «décrypter le code de la vidéo de l'armée américaine». Conséquence ou pas, en mars, Wikileaks avait été condidéré comme une «menace pour l'armée» par la CIA.
Un responsable de l'armée américaine a commenté lundi diffusion de cette vidéo, qui selon lui «n'apporte pas d'information nouvelle, seulement des images».
«Depuis 2007, nous avons reconnu tout ce qui est dans la vidéo»
«Depuis 2007, nous avons reconnu tout ce qui est dans la vidéo», a dit le responsable sous le couvert de l'anonymat. «Nous avons reconnu que le raid avait eu lieu et que deux employés de Reuters (avaient été tués)», a-t-il dit. «A ce moment là, nous ne pouvions pas discerner si (les employés de Reuters) portaient des caméras ou des armes», a insisté le responsable.
Dans un communiqué le rédacteur en chef de Reuters David Schlesinger a affirmé que la mort des deux employés de l'agence était «tragique et emblématique des dangers extrêmes liés à la couverture des zones de guerre».
Selon lemonde.fr, en juillet 2007, Reuters avait réclamé l'ouverture d'une enquête sur la mort de ses deux employés. Les autorités militaires avaient refusé, jugeant que les soldats engagés en Irak avaient respecté les lois de la guerre et leurs règles d'engagement. Elles avaient également refusé de fournir les images de l’intervention à l’agence de presse.