Alors que la mobilisation s'est amplifiée jeudi en Grèce contre les mesures d'austérité annoncées la veille par le gouvernement, les Grecs expriment leur inquiétude et leur colère contre le gouvernement.
«Je travaille à la municipalité de Salonique et mes collègues se demandent comment ils vont faire avec des salaires diminués, a expliqué à 20minutes.fr Emilios, âgé de 34 ans. Mais pour l’instant, les gens ne sont pas trop paniqués. Ils sont juste très déçus. Ils se sont résignés à accepter ces mesures car ils ont trop peur de ce qui se pourrait se passer s’ils ne les acceptaient pas, comme la banqueroute de l’Etat.»
Car la crise était prévisible, selon certains. «Quand les gens avaient encore de l’argent, ils faisaient comme si tout allait bien. Mais tout le monde s’attendait à ce qu’une crise éclate. Maintenant, personne ne sait ce qui va se passer demain», a raconté à 20minutes.fr Alexandros Briasoulis, artiste qui rentre d’un séjour dans sa famille, dans le nord du pays. Et qui n’a pas trouvé son pays vraiment changé.
«Des grèves, il y en avait déjà quasiment tous les jours et les gens ont encore de quoi manger, même s’ils ont beaucoup moins d’argent à dépenser. Et il faut savoir que les Grecs mènent une vie sociale très développée. Ils sortent au restaurant, dans les bars, parfois tous les soirs. Alors, ils dépensent moins, surtout en prévision des prochains mois», explique-t-il encore.
«Nous payons les conséquences de cette crise avec les prix de l’essence et de la nourriture qui augmentent. Mais les vrais responsables ne paieront jamais, assure Dimitris, employé dans une entreprise du nord du pays. Les gouvernants qui ont employé toujours plus de gens dans le secteur public - environ 10% de la population grecque- sont responsables de l’accroissement de la dette. Si on pouvait au moins trouver les coupables, je pense que les mesures du gouvernement seraient un peu mieux acceptées par la population.»
Ce sentiment d’écœurement envers l’administration semble généralisé. «Le service public, c’est le paradis. Ils ont d’énormes avantages alors que le secteur privé a des salaires très bas. L’industrie, le bâtiment souffrent énormément de la crise. Et les fonds publics n’ont jamais servi à réaliser des investissements», détaille Georges Ikonomou, franco-grec qui habite dans la région parisienne.
Un manque de respect de la chose publique qui pourrait perdurer. «La crise pourrait permettre au pays de changer, mais qui voudra entreprendre une réforme?», se demande Alexandros Briasoulis. «La situation peut durer selon moi une dizaine d’années. Tous mes amis grecs m’auraient suivi s’ils avaient pu quand je suis parti: ils ne voient aucun futur pour eux en Grèce», conclut-il.