Il fut un temps où la Russie n'avait pas la cote à Paris. A cette époque, Nicolas Sarkozy était candidat à l'élection présidentielle et critiquait Moscou pour son action en Tchétchénie. Depuis, les choses ont changé. Nicolas Sarkozy est entré à l'Elysée et Paris parle de nouveau de « partenariat stratégique » avec Moscou. « Une concorde qui tient aux statuts des deux pays, tous deux puissances nucléaires, membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU et défendant une diplomatie active et indépendante sur la scène internationale », explique Isabelle Facon, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).
De cette proximité, Paris fait un argument de vente. L'Hexagone serait prêt à remettre à Moscou un à quatre Mistral, bâtiments de projection et de commandement (BPC), qui servent notamment de porte-hélicoptères. Rien ne devrait être scellé dans les trois jours. Mais la perspective d'un tel contrat fait déjà couler beaucoup d'encre. D'abord, parce que c'est la première fois depuis 1949 qu'un pays de l'Otan vend du matériel militaire lourd à la Russie. « Certes, la France vend le BPC sans armement, analyse Isabelle Facon, mais il reste que c'est une vente, qui, si elle se concrétise, est d'une grande portée symbolique. » Avec ce type de navires militaires, en effet, Moscou acquerrait une capacité de transport plus importante et surtout plus rapide. Une possibilité qui n'est pas pour rassurer les Etats voisins de la Russie, qui gardent en mémoire la guerre qui a opposé Tbilissi (Géorgie) et Moscou à l'été 2008. Autant d'arguments dont le Quai d'Orsay, opposé à cette vente, se serait fait le porte-voix, mais qui pèsent finalement peu face à une industrie en crise : l'éventuel achat de porte-hélicoptères permettrait de faire travailler les chantiers navals de Saint-Nazaire.
Très économique, l'arrivée hier de Dmitri Medvedev, le président de la Fédération de Russie, a aussi été marquée par l'annonce d'un protocole d'accord entre les groupes GDF Suez et Gazprom sur l'entrée à hauteur de 9 % du français dans le capital du projet de gazoduc Nord Stream. Celui-ci doit acheminer du gaz russe vers l'Europe via la mer Baltique. L'accord précise que GDF Suez deviendra actionnaire de Nord Stream « avant le début de sa construction » prévue en avril et ajoute que les deux parties sont d'accord pour une augmentation, par le biais de ce gazoduc, des livraisons de gaz russe à GDF Suez.
Au programme de ce séjour parisien, également, les grands sujets internationaux, dont le dossier du nucléaire iranien. Un sujet sur lequel Moscou se montre de plus en plus proche des positions de Paris et Washington. Les deux capitales espèrent pouvoir compter sur un accord de la Russie au sein du Conseil de sécurité de l'ONU pour de nouvelles sanctions contre l'Iran. W