Haïti: «Je ne pense pas qu'il ait été traumatisé par le séisme»

TEMOIGNAGE Un papa a accueilli son fils, orphelin haïtien, jeudi dernier. Il raconte...

Propos recueillis par Oriane Raffin

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Stéphane, enseignant, a accueilli jeudi matin, à Roissy, son fils, Jean-Fritz. Un petit garçon de 4 ans, né en Haïti, qui a survécu au séisme de janvier dernier. Il revient sur la procédure et sur l’arrivée en France de son fils...

 

Comment s’est déroulée la procédure d’adoption?

J’ai d’abord déposé un dossier de demande d’agrément classique, en France, à l’automne 2006. Au bout d’un an environ, j’ai obtenu l’agrément. J’ai ensuite rapidement pris contact avec une crèche, en Haïti, recommandée par des amis, qui la connaissaient. J’ai alors envoyé ce que la directrice appelle le «gros dossier», avec de nombreux documents. En novembre 2007, un petit garçon, Jean-Fritz, m’a été attribué. Pour moi, Haïti, ça allait de soi. J’ai de nombreux amis et contacts haïtiens, et en tant que père célibataire, c’était plus simple que d’autres pays.

 

Côté Haïti, la procédure a duré deux ans. J’avais confiance en la directrice, qui m’a fourni plusieurs documents, dont un «consentement d’abandon». Je me suis rendu en Haïti en septembre 2009, pour signer des documents, et j’ai alors passé une semaine avec Jean-Fritz, à la crèche. Depuis, on s’est parlé deux fois au téléphone, je lui faisais passer des photos où on nous voyait tous les deux. Je comptais venir le chercher en mars ou avril prochain. Il paraît qu’il passait son temps à se balader avec les photos!

 

Que s’est-il passé pour votre fils, au moment du séisme?

Pendant quatre jours, je n’ai pas eu de nouvelles. Le vendredi matin, j’ai pu joindre la directrice de la crèche, qui n’avait même pas pu donner de nouvelles à sa famille. La crèche était abîmée, mais pas détruite. Elle a donc décidé de les ramener chez elle, sur les hauteurs de Port-au-Prince. Il a ensuite fallu près d’un mois avant qu’il arrive en France.

 

Heureusement, les papiers n’ont pas été détruits, à la crèche, où chez l’avocat de la directrice. Deux semaines après le séisme, elle a transmis à l’ambassade de France le jugement d’adoption. Le matin avant son départ, la directrice m’a raconté qu’il ne parlait pas trop. Elle lui a alors dit «ça ne va pas aller, il faut que tu parles avec ton papa». Il lui a répondu «je veux voir papa, je veux voir papa». J’en suis encore ému quand j’y repense.

 

Comment s’est passée l’arrivée en France?

Il est arrivé à l’aéroport jeudi, avec une accompagnatrice. Le temps que je sois appelé pour le sauf-conduit, la CAF et la sécu, il était en train de jouer. Un pôle de psy a fait l’aller-retour entre les enfants et les parents, j’ai ensuite rencontré l’accompagnatrice, qui m’a dit que tout allait bien, mais qu’il était un peu capricieux, ce que j’ai pu constater depuis! A l’aéroport, je lui avais amené un album photo de quand j’étais en Haïti, il m’a fait des commentaires en Créole.

 

Envisagez-vous de lui faire rencontrer un psychiatre?

Je ne pense pas qu’il ait été traumatisé par le séisme. Dans la crèche, seul un revêtement en ciment a été fissuré. Il a donc dormi trois jours dans la cour, mais aucun enfant n’est décédé dans son entourage. Quand j’appelais la directrice, derrière elle, ça parlait, ça rigolait. Hier, il avait l’air un peu triste, je lui ai doucement répété en créole «papa t’aime très fort», et ça allait mieux.

 

Pour l’instant, je vais l’amener dans un centre médical, pour le faire soigner. Mais je ne pense pas lui faire voir de psy, je vais attendre de voir s’il y a besoin. Je ne m’inquiète pas, la directrice de la crèche a très bien géré la situation.