Les dix Américains qui avaient tenté d'exfiltrer illégalement d'Haïti une trentaine d'enfants ont été inculpés jeudi d'«enlèvement de mineurs et association de malfaiteurs». Ils devraient être jugés en Haïti, a-t-on appris de sources judiciaires.
Selon les lois haïtiennes, ces baptistes encourent jusqu'à neuf ans de prison, a précisé à l'AFP, le bâtonnier de l'ordre des avocats de Port-au-Prince, Gervais Charles.
«C’est la loi haïtienne qui a été violée»
Mazar Fortil, commissaire du gouvernement par intérim du parquet du Tribunal de Première instance de Port-au-Prince, l'équivalent du procureur, a confirmé à l'AFP les deux chefs d'inculpation, annoncés en milieu d'après-midi jeudi par l'avocat haïtien des Américains, Edwin Coq.
Interrogé sur le fait de savoir si les dix inculpés seront jugés en Haïti ou aux Etats-Unis, M. Fortil est resté vague: «On ne peut pas le dire pour le moment.» Il a cependant souligné que «nous sommes tenus d'appliquer les lois haïtiennes».
Pour le ministre de la Justice, Paul Denis, les inculpés doivent être jugés sur place: «C'est la loi haïtienne qui a été violée. Il appartient aux autorités haïtiennes d'entendre et de juger», a-t-il affirmé à l'AFP. «Quand un Haïtien commet un crime aux Etats-Unis, est-ce qu'il est jugé en Haïti ou au Etats-Unis?», a lancé Paul Denis.
«Il n’est pas possible de faire le procès ici»
Mais pour Gervais Charles, bâtonnier de l'ordre des avocats de Port-au-Prince, «il n'est absolument pas possible de faire le procès des Américains ici et maintenant en Haïti. On vit une époque où les activités judiciaires n'ont même pas repris officiellement à Port-au-Prince, a-t-il déclaré à l'AFP. Toute personne inculpée doit avoir la garantie de subir son procès dans un délai raisonnable.»
«Je ne vois pas comment le système judiciaire haïtien à l'heure actuelle peut garantir à quiconque surtout dans un dossier si compliqué la tenue d'un procès dans un délai de trois à six mois maximum», a-t-il conclu.
Les dix membres de ce groupe appartenant à une association caritative de l'Idaho (nord-ouest des Etats-Unis) ont été interpellés vendredi près de la frontière dominicaine en compagnie de 33 enfants. Certains enfants ont depuis été réclamés par des personnes se présentant comme leurs parents.