L'hôpital général de Port-Au-Prince peine à s'organiser

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Publié le 26 janvier 2010.

REPORTAGE - Deux semaines après le tremblement de terre, l'hôpital central, le principal centre médical de Port-Au-Prince, a reçu le renfort de nombreuses équipes internationales. Mais l'établissement est encore loin d'être totalement opérationnel...

De notre correspondante en Haïti, Amélie Baron

«Don’t touch me, back up» (ne me touchez pas, reculez). Sur les nerfs, les GI américains repoussent avec leurs armes les personnes qui veulent entrer dans l’hôpital général. Infirmières haïtiennes qui veulent rejoindre leur poste de travail ou familles qui souhaitent être auprès de leur parent blessé; tous patientent calmement dans la rue. Une file d’attente s’organise mais les soldats qui ne parlent qu’anglais sont dépassés.

Manque de nourriture

Dans l’enceinte de l’hôpital général, les secouristes internationaux sont désormais partout. Français, Espagnols, Péruviens, Canadiens… L’association des médecins haïtiens de l’étranger a, pour sa part, dépêché soixante personnes. Si les médicaments et le matériel médical sont enfin parvenus à l’hôpital, certains besoins ne sont toujours pas réglés. «Des patients que l’on a opérés il y a trois jours n’ont reçu aucune nourriture», raconte Vladimir Laroche, médecin, arrivé de New York il y a une semaine. «Ils peuvent recevoir des médicaments pour la douleur, des antibiotiques mais, sans alimentation, le travail n’est pas complet.»

Opération urgente mais pas prioritaire

Dans l’allée principale, Lorth Kietel, chirurgienne de l’association des médecins haïtiens de l’étranger, est interpellée par un infirmier canadien au sujet d’une patiente. La discussion est brève, la décision franche: «Je ne vais pas bloquer l’une des salles opératoires pour quatre ou cinq heures». Atteinte d’un cancer de l’estomac, la femme fait des complications et aurait besoin d’une intervention rapidement. «Je pourrais l’opérer, c’est ma spécialité mais dans une telle situation, avec autant de patients traumas, ce n’est pas prioritaire.»

Établir cet ordre de priorité entre les malades est un dilemme permanent mais il y a plus préoccupant. Avec la peur de nouveaux tremblements, les blessés sont tous dehors, sous des tentes et beaucoup, par manque de place, sous des bâches plastiques tendues à la hâte.

Hôpital hors des murs

«Lors de la deuxième réplique d’importance, nous avons eu un grand groupe de gens qui n’a plus voulu rentrer à l’intérieur des chambres. Aussi une partie du personnel médical avait des craintes», explique le docteur Alix Lassègue, le directeur de l’hôpital général. «Après la troisième réplique, la question ne s’est plus posée. Je fais une évaluation des bâtiments quasiment après chaque secousse. Je le fais par soucis de savoir si des bâtiments fissurés vont s’effondrer mais je peux vous assurer que les gens ne rentreront plus.»
Sous les abris de fortune ou les tentes, par plus de 30°, les malades attendent patiemment qu’un médecin vienne changer leur pansement ou donner un médicament. Quelques parents rescapés du séisme amènent de l’eau, des enfants jouent.
Agé d’une trentaine d’années, George Lavilien est le seul survivant de sa famille. La jambe droite plâtrée, des plaies au visage, il reste assis sur son lit, la radiographie précieusement conservée dans sa main. Ses journées à l’hôpital, il les passe à chanter Dieu. Bientôt il lui faudra libérer le brancard: il ne sait où aller, que faire mais est confiant, souriant même. Devant l’ampleur de la catastrophe, il pense que la communauté internationale ne peut plus oublier Haïti.
A Port-au-Prince, Amélie Baron
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