JUSTICE - La décision de la Cour pourrait bien ouvrir la porte aux dérives...
De notre correspondant à Los Angeles
Le monde à l'envers. Depuis une vingtaine d'années, la tendance était plutôt à la limitation du financement des campagnes électorales, surtout côté contributions privées. Mais à la surprise générale, la Cour suprême américaine
vient de secouer tout ça. Jeudi, par 5 voix contre 4, elle a autorisé les entreprises et les syndicats à financer librement les campagnes nationales.
La clivage la Cour apparaît clairement: les cinq juges conservateurs ont voté pour, les quatre plus à gauche, contre. Pour ces derniers (sur la même ligne qu'Obama), il s'agit de protéger les campagnes contre la corruption des lobbies et des compagnies privées. Mais la majorité de la Cour a justifié sa décision au nom du premier amendement de la constitution sur la liberté d'opinion, estimant que les entreprises pouvaient être traitées comme des individus. Ils ont également rejeté l'argument selon lequel les actionnaires pourraient voir leur argent utilisé pour défendre des vues politiques qu'ils ne partagent pas, estimant que c'était déjà le cas.
Un tremblement de terre
«C'est l'explosion de la politique telle que nous la connaissions»,
estime un analyste de la radio publique américaine NPR. «Que ce passera-t-il quand une banque d'investissement comme Goldman Sachs dispose, comme en 2009, de 16 milliards de dollars en cash pour récompenser ses employés et que l'un des sujets de discussion au Congrès est de taxer ces bonus?», demande Ron Elving. Le même raisonnement peut se décliner à des compagnies pétrolières ou des laboratoires pharmaceutiques, riches en cash, et qui disposeront d'un moyen d'influence plus important qu'avant.
Jusqu'à présent, les entreprises ne pouvaient débloquer des fonds qu'au moyen d'un «comité d'action politique» spécialement dédié. Avec le nouveau système, elles ne pourront pas directement donner de l'argent à un candidat mais seront libres de lancer des campagnes de soutien ou d'opposition (spots publicitaires, armée de volontaires locaux etc).
Traditionnellement, les républicains ont toujours été plus favorables que les démocrates au financement privé des campagnes. Mais en 2002, c'est pourtant un projet bipartisan qui avait imposé de nouvelles restrictions. A sa tête, on retrouvait le démocrate Russell Feingold et le républicain... John McCain.
Quel impact pour 2012?
Lors de la précédente élection, Barack Obama avait levé plus de 700 millions de dollars, dont 500 millions via des petites donations individuelles par Internet (moyenne: 80 dollars). John McCain avait à peine atteint 350 millions au total. L'argent a toujours été le nerf de la guerre, surtout quand un candidat veut essayer d'être compétitif dans les 50 Etats.
Pour 2012, Obama, en tant que président sortant avait «un avantage financier stratégique majeur», selon le stratège démocrate Garry South. La décision de jeudi pourrait bien rééquilibrer drastiquement les chances.
Philippe Berry