L'élection de Sebastian Pinera, dimanche, à la présidence du Chili signe non seulement le retour de la droite au pouvoir depuis la fin de la dictature Pinochet (1973-1990), mais elle tranche également avec le virage à gauche opéré ces dernières années en Amérique latine. Quel impact peut-elle avoir sur les autres pays de la région ?
Selon Philippe Moreau Defarges, chercheur à l'Institut français des relations internationales, des pays, comme le Venezuela d'Hugo Chavez (gauche radicale), « vivent mal cette élection parce qu'ils sont en difficulté aujourd'hui, et parce que la victoire de Pinera montre que la droite ne fait plus peur ». C'est aussi, poursuit-il, une « leçon intéressante, car c'est la victoire d'un individu milliardaire, ce qui peut entrer en contradiction avec certains idéaux de gauche ».
La grande inconnue réside dans l'attitude qu'aura Pinera vis-à-vis de l'Union des nations sud-américaines (Unasur). Cette organisation supranationale, créée en 2008, qui comprend douze pays de l'Amérique latine, vise à bâtir une unité sud-américaine et à s'affranchir de l'influence des Etats-Unis. Ce projet, appuyé par la présidente sortante Michelle Bachelet, suscite la réticence de Washington. « Pour l'heure, Pinera ne s'est pas exprimé sur la question », souligne Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques. Mais le nouveau président, ex-entrepreneur formé à Harvard, « pourrait être plus sensible aux sentiments des Etats-Unis ».
Sur les questions économiques et sociales, en revanche, Pinera ne devrait opérer des changements qu'à la marge, donc sans impact majeur sur le reste du continent sud-américain. W