Devant les ruines du palais présidentiel, la place du Champ-de-Mars n'est plus qu'un immense camp de fortune. Symbole de l'Etat haïtien, le lieu révèle à lui seul l'étendue de la catastrophe qui a touché le pays le plus pauvre du continent américain. Les habitants de Port-au-Prince se regroupent depuis la semaine dernière sur tous les espaces libres de la ville : terrains de sport, cours d'école, squares, même les rues sont occupées par les sinistrés. Après les craintes de tsunami, la population redoute les répliques encore fréquentes et plus ou moins intenses. Aussi passent-ils jour et nuit le plus loin possible des bâtiments qui risquent de s'écrouler.
Des couvertures, de la vaisselle, les Portoprinciens rescapés se sont installés avec le peu d'affaires récupérées dans leurs maisons. Sous les bâches plastique tendues à la hâte, la vie s'organise dans la précarité la plus criante. Pas de sanitaires, pas d'accès à l'eau potable. Les cadavres sortis des décombres s'entassent, tandis que les blessés attendent toujours la venue d'équipe médicale. Le risque d'épidémie menace : une étude britannique publiée hier craint une prévalence du paludisme dans la population, qui doit aussi faire face à la dysentrie, la rougeole, la tuberculose, la grippe...
A Port-au-Prince, au milieu des gravats, les marchandes de rue refont leur apparition. Cependant, ce commerce informel est loin d'avoir retrouvé son intensité habituelle. Livrés à eux-mêmes, les sinistrés tentent tant bien que mal d'attirer l'attention des secours. Sur tous les axes de la capitale, ils dressent banderoles de tissus et cartons : inscrits en anglais, espagnol et français, des messages indiquent la direction de bâtiments endommagés et le nombre de personnes qui en sont prisonnières. 30 employés dans un bureau, 120 écoliers... Ces chiffres font craindre le pire : dans les prochains jours, les sauveteurs vont arrêter leurs recherches. Le bilan des morts n'est encore qu'approximatif mais, avec 70 000 personnes enterrées, le tremblement de terre est déjà la catastrophe qui a fait le plus de victimes dans un pays pourtant régulièrement ravagé par les cyclones. W