ITALIE - Le président du Conseil italien tente à tout prix d’éviter les procès...
Les agressions des juges sont «comparables voire pires» à celles à
coup de statuette. Jamais à court de comparaisons outrancières, Silvio Berlusconi fait un retour remarqué cette semaine sur la scène politique italienne, un mois après
son agression à Milan.
Pour l’occasion, il s’en est violemment pris à la justice italienne, coupable d’«agressions» constantes à son égard. La classe politique italienne connaît la rengaine, mais cette fois-ci, la situation est explosive.
Vendredi, un procès où il est accusé de corruption de témoins (affaire Mills) reprenait à Milan. Et lundi, un autre pour fraude fiscale (affaire Mediaset) doit recommencer. Des
audiences à haut risque pour le président du Conseil italien qui a perdu en octobre son immunité pénale après une décision de la Cour constitutionnelle.
Tuer dans l’œuf la procédure
En coulisses, les parlementaires de son parti s’activent pour faire voter une nouvelle loi qui protégerait Berlusconi. Et dans les prétoires, ses avocats tentent au maximum de limiter les dégâts.
Vendredi, sa défense, dans l’affaire de corruption de témoins, avait demandé au tribunal de considérer les actes judiciaires accomplis jusqu'à présent comme nuls et de reprendre le procès à zéro. Une tentative pour tuer dans l’œuf la procédure contre Berlusconi, puisque la prescription des faits intervient, selon les calculs de l'agence italienne Ansa, dès le 11 avril 2010.
La requête n’a cependant pas abouti. Le tribunal a en revanche décidé d'accepter une seconde requête de la défense visant à suspendre le procès jusqu’au 27 février dans l'attente d'une décision de la Cour de cassation, prévue le 25 février, dans le volet de la procédure qui concerne uniquement l'avocat David Mills.
«Habile mélange opportuniste»
Un laps de temps qui permet à Berlusconi de préparer quelques lois en sa faveur. Le Cavaliere a fait programmer le vote dès mercredi prochain au parlement - où il dispose d'une solide majorité - d'une loi dite du «procès abrégé». Elle écourte à six ans les procédures (première instance, appel et cassation) quand la peine encourue est inférieure à 10 ans, ce qui entraînerait une prescription des accusations contre Berlusconi, au moins pour le procès Mills, selon des calculs d'experts.
Alors une réforme de la justice italienne est unanimement jugée nécessaire pour la rendre plus efficace et raccourcir les procédures. Mais pour Giacomo Marramao, professeur de philosophie politique à Rome, Berlusconi procède à un «habile mélange opportuniste entre de vrais arguments et des choix politiques liés à ses seuls intérêts».
Car, dans le même temps, les avocats de Berlusconi et le ministre de la Justice préparent un autre texte de loi permettant au chef du gouvernement de ne pas assister aux audiences en arguant d'un «empêchement légitime» lié à sa fonction. Ce qui permettrait encore pour le président de retarder ses procès, en attendant qu’ils soient prescrits.
M.N.