Comment le bilan humain d'une catastrophe est-il établi?

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Publié le 14 janvier 2010.

DECRYPTAGE - Deux procédés différents selon l'ampleur de la catastrophe...

Haïti a été ébranlée par un tremblement de terre meurtrier. Combien de victimes? Cela reste très difficile à évaluer, aux vues de l'ampleur des dégâts matériels. Parmi tous les bilans humains qui sont annoncés, plus ou moins précis, aucun n’est officiel.

Le Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive a affirmé mercredi à la chaîne américaine CNN que le bilan pourrait être «bien au dessus de 100.000 morts». De son côté, le président René Préval parle de 30.000 à 50.000 morts. «Le nombre de victimes se compterait par centaines», écrit Le Monde du jeudi 14 janvier. Quant à elle, la Croix rouge évoque des «milliers» de victimes, tout en refusant de confirmer ce chiffre. Difficile de s'y retrouver...

Deux acteurs clés: les hôpitaux et les morgues

Ce qui est sûr, c’est que deux jours de recul ne suffisent pas pour fournir une comptabilisation fiable. Pour dénombrer les victimes, il existe deux procédés distincts, qui dépendent d’une part des institutions et de leur stabilité, et d’autre part de l’ampleur de la crise, explique à 20minutes.fr Frédéric Roussel, fondateur et directeur de l’Agence d’aide à la coopération technique et au développement (ACTED).

Lorsque les dégâts causés par la catastrophe sont raisonnables, ce sont les hôpitaux et les morgues qui effectuent le décompte des victimes, et qui transmettent les informations aux autorités sanitaires et policières du pays, qui établissent ensuite le bilan humain définitif. Une aide peut être apportée par la Croix Rouge et l’Ocha (bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies) dans le travail de terrain, si nécessaire.

Après dix jours, les disparus sont comptabilisés comme morts

Une semaine à dix jours après la catastrophe, les disparus sont considérés comme morts. Et c'est seulement à l’issu de cette période que l’évaluation du nombre de victimes peut être arrêtée, et devient officielle.

Mais lorsque l’ampleur de la crise est majeure, le décompte est effectué différemment, et le bilan est plus approximatif. Cela a été le cas après le tsunami qui a ravagé l’Indonésie en  2004, ou du tremblement de terre survenu au Pakistan en 2005. Et c’est en l’occurence le cas en Haïti.

Le travail d’identification des cadavres est plus compliqué, et même parfois impossible, car les infrastructures et les structures publiques sont détruites. Les centres de soins et les hôpitaux ne sont plus en mesure d’accueillir les dépouilles, ou dans de très mauvaises conditions.

«La marge d’erreur peut grimper jusqu’à 20%»

Du coup, des autorités spécifiques ad hoc sont mises en place par les autorités du pays. Elles recueillent et rassemblent les informations des autorités locales, des hôpitaux «rescapés», de la Croix rouge ou de l’Ocha. Les informations sont rapportées de façon dispersées, disparates et imprécises.

Un premier bilan peut être établi après dix jours, mais il demeure ambigu, puisque les chiffres annoncés sont peu fiables. «La marge d’erreur peut grimper jusqu’à 20%, en fonction de la nature de la crise et du nombre de morts», indique Frédéric Roussel.

Plusieurs facteurs expliquent cette imprécision. Des personnes disparues reviennent sans se déclarer, et des personnes non recensées meurent. Par ailleurs, beaucoup de victimes sont enterrées dès les premiers jours de la catastrophe, pour éviter que les maladies se propagent, et ne sont jamais comptabilisées.
Marion Lippmann
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