France 3 préfère taire les noms de ses journalistes enlevés

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Publié le 6 janvier 2010.

AFGHANISTAN - Les reporters pris en otage mercredi dernier restent anonymes. Explications...

Ne pas les nommer pour les protéger. Le parti pris de France 3, la chaîne de télévision pour laquelle travaillent les deux journalistes, enlevés mercredi dernier, laisse perplexe. «Cela n'a aucun sens, affirme Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Soit on tait toute l'opération, soit on sait que les otages ont été enlevés et dans ce cas-là, rien ne sert de retenir leur identité. Les preneurs d'otages savent à qui ils ont affaire.»

Eviter de faire grimper les enchères

Au motif que la discrétion est toujours la meilleure option dans ce type d'affaires, Reporters sans frontières (RSF) défend le choix de l'employeur des journalistes: ne pas communiquer sur leur identité, c'est aussi ne pas montrer leurs visages et donc limiter l'emballement médiatique en France, mais aussi en Afghanistan. L'inverse pourrait faire grimper les enchères, alors même que l'enlèvement n'a pas été revendiqué, et que, dans ce contexte «mieux vaut être très prudent», souligne-t-on au Quai d'Orsay.

Considération pour les familles

Au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), confronté en 2009 à l'enlèvement de cinq collaborateurs, dont deux restent toujours captifs, on est partisan de la plus grande discrétion - seul le prénom est divulgué - au motif que «la médiatisation fait toujours le jeu des kidnappeurs». Ils se font connaître et surtout prennent la main sur les négociations en gardant le silence ou, au contraire, en multipliant les messages, qui sont autant de moyens de pression sur les familles.

C'est aussi par égard pour les proches que cette ONG retient au maximum les informations sur les prises d'otages de son personnel. Mais pas seulement. Les négociateurs aussi gagnent en sérénité. La médiatisation fait venir dans le jeu «beaucoup d'individus foireux», souligne un expert, comme lors des prises d'otages de Christian Chesnot, Georges Malbrunot et Florence Aubenas en Irak. Dans le cas des journalistes de France 3, c'est la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) qui pilotera les pourparlers avec les preneurs d'otages lorsqu'ils se feront connaître.

Armelle Le Goff
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