DECRYPTAGE - Les autorités américaines ont beau répertorier des centaines de milliers de terroristes potentiels, Umar Farouk Abdulmutallab a échappé à leur surveillance. 20minutes.fr tente de vous expliquer pourquoi...
Le
Nigérian de 23 ans, dont
la tentative d'attentat sur le vol 253 à destination de Detroit a échoué, était fiché aux Etats-Unis comme une menace possible, mais son nom ne figurait pas sur la liste qui l'aurait empêché de prendre cet avion.
C'est quoi la «No-Fly List»?
Il s'agit d'une liste de passagers indésirables sur tous les vols intérieurs ou à destination des Etats-Unis, mise en place après les attentats du 11-septembre 2001. Les personnes figurant sur cette liste sont connues pour leurs activités terroristes.
D'abord établie par le
FBI, sa responsabilité a ensuite été attribuée à la
TSA (Transport Security Administration), en collaboration avec les agences de sécurité américaines.
Combien de noms comporte la «No Fly List»?
Moins de 4.000 selon
Fox News. Une liste complémentaire, la «Selectee List» comprend 14.000 personnes en plus, représentant un danger moindre. Ceux-ci sont autorisés à prendre l'avion mais sont placés sous surveillance.
Il y a un an, le secrétaire à la Sécurité intérieure de l'administration Bush, Michael Chertoff, révélait que 10% des personnes figurant sur la «No Fly List» étaient des citoyens américains.
Pourquoi Umar Farouk Abdulmutallab ne figurait pas sur la «No Fly List»?
Parce que les autorités américaines ne disposaient pas d'assez d'informations sur lui, a indiqué la secrétaire à la Sécurité intérieure,
Janet Napolitano. Son nom figurait tout de même depuis novembre sur le TIDE (Terrorist Identities Datamart Environment), un fichier de 550.000 personnes connues pour avoir des activités terroristes ou suspectées d'en avoir.
C'est son père qui l'avait fait inscrire
lorsqu'il avait indiqué sa disparition aux autorités internationales. Cependant, ne faisant partie ni de la «No Fly List», ni de la «Selectee List», il n'a ainsi pu être empêché de prendre l'avion.
Depuis son lieu de vacances à Hawaï, le président américain, Barack Obama, a demandé la révision des listes de personnes à surveiller dans les aéroports, a indiqué ce lundi sur
ABC son porte-parole, Robert Gibbs.
Pourquoi ces listes posent-elles problème?
Parce qu'il existe de nombreux homonymes ou personnes ayant des noms proches de ceux figurant sur les listes de passagers interdits. Et il est impossible de savoir si son nom est présent sur ces listes, le contenu étant secret.
Le FBI indique faire tout son possible pour éviter les erreurs, mais cela n'a pas empêché Nelson Mandela
de se retrouver sur l'une de ces listes de terroristes potentiels ou l'ancien sénateur Ted Kennedy de se retrouver régulièrement retardé aux aéroports parce qu'un «T. Kennedy» figurait sur la «No Fly List».
Pour l'ONG américaine
ACLU (American Civil Liberties Union), ces listes ne sont pas constitutionnelles et violent les libertés civiles des citoyens américains parce qu'«elles désignent les personnes coupables» avant même qu'elles aient commis le moindre crime. «Ce système ne va pas améliorer notre sécurité parce qu'il s'agit d'un moyen inapproprié et inefficace», insiste l'ACLU.
D'autres pays possèdent-ils une «No Fly List»?
Le Canada est le seul autre pays connu officiellement pour avoir établi,
depuis juin 2007, une «No Fly List» sur le modèle de son homologue américaine, dans le but de «renforcer sa sécurité aérienne». Entre
500 et 2.000 personnes figureraient sur cette liste noire.
Les autorités britanniques ont confirmé ce lundi que Umar Farouk Abdulmutallab était interdit d'entrée sur le territoire britannique et
figurait sur une liste de sécurité préventive mais celle-ci n'est pas une «No Fly List» pour autant puisque les personnes concernées ont le droit de se trouver au Royaume-Uni pour un transit aérien.
Corentin Chauvel