POLITIQUE - A tel point que certains appellent à «tuer cette monstruosité»...
De notre correspondant à Los Angeles
A écouter les deux invités s'étriper lors de l'émission politique Hard Balls mercredi soir, on aurait juré qu'il s'agissait d'un démocrate et d'un républicain. Mais non. C'était bien Howard Dean, l'un des artisans de la victoire d'Obama, et
Mary Landrieu, sénatrice démocrate de Louisiane. Après des mois de débat intense et d'âpres négociations sur la réforme de l'assurance maladie, le malaise est total dans la dernière ligne droite.
Howard Dean remet ça jeudi dans une
tribune publiée dans le Washington Post. «Si j'étais sénateur, je ne voterais pas le texte dans son état actuel», écrit l'ancien président du Comité national démocrate. Pour quelles raisons? Selon lui, «toute mesure qui étend le monopole des assureurs privés […] n'est pas une vraie réforme».
Casse tête mathématique et politique
Retour en 2008. La réforme de l'assurance maladie constitue l'un des piliers du programme du candidat Obama. A l'occasion de plusieurs discours, il défend avec passion «une option publique». Il s'agirait d'offrir à chaque Américain la possibilité de pouvoir souscrire à une couverture maladie gérée par l'Etat, à l'image
du programme medicare pour les plus de 65 ans. Et surtout d'amener un peu de compétition sur un marché victime de nombreux abus, en proposant «la même couverture que celle dont bénéficient les membres du Congrès».
Récemment, la Chambre des représentants a adopté un texte incluant une forme d'option publique. Problème, le Sénat, où l'on négocie toujours pouce à pouce, a supprimé ce point central dans sa version du texte. Un sacrifice auquel semble ouvert Nancy Pelosi, la patronne de la Chambre, lorsque viendra le temps d'uniformiser les versions, mais
pas forcément ses collègues. A la place d'une véritable offre publique, le Sénat parle d'un contrat que souscrirait le gouvernement
auprès d'un assureur à but non lucratif. Un compromis semblait se dessiner, incluant notamment un abaissement de l'âge du programme
medicare de 65 à 55 ans. Et puis le Sénateur indépendant
Joe Liberman est arrivé.
La barre des 60 sénateurs
Joe Liberman, c'est un peu le Eric Besson américain. Ancien démocrate –et même colistier d'Al Gore en 2000– il est désormais indépendant. Pendant la campagne, il commet l'impensable en soutenant «son ami» John McCain. Sauf que les démocrates (58 sénateurs sur 100) ont besoin de lui (et de l'autre indépendant
Bernie Sanders) pour atteindre le nombre magique de 60 sénateur et faire adopter le texte en évitant l'obstruction parlementaire républicaine.
Liberman, qui avait depuis de nombreuses années soutenu l'abaissement de l'âge de medicare, a changé d'avis. Alors que la montre tourne pour adopter le plan avant la fin de l'année comme l'a demandé Obama, le Sénat pourrait faire une croix sur l'extension de medicare.
Oui mais voilà, plusieurs démocrates, ainsi que Bernie Sanders, qui se décrit comme «un socialiste», ont menacé de ne pas voter un texte «castré». Certains chantent même le refrain «kill the bill» (tuer le plan»), le fondateur du site DailyKos (très à gauche) allant même jusqu'à réclamer que le Congrès fasse preuve de courage pour
«tuer cette monstruosité».
Passage en force?
Du côté de la Maison Blanche, le porte parole estime que «personne de très raisonnable» ne suggère cela. Resterait une solution, prônée mercredi par Howard Dean: un passage en force
via le processus de réconciliation qui pourrait permettre d'élargir le programme medicare en évitant l'obstruction parlementaire républicaine. Dean se justifie: «Bush l'a utilisé à de nombreuses reprises pour ses baisses d'impôts.» Mais pour beaucoup, cette arme n'est pas destinée à faire passer un tel programme de dépenses.
Interrogé par 20minutes.fr, le stratège démocrate Garry South écarte cette possibilité. «Howard Dean essaie simplement de faire parler de lui. Ce texte (même tronqué, ndr) constitue la plus vaste réforme jamais entreprise de notre système de santé». Mais ajoutez à tout ça l
e problème du remboursement d'un avortement qui divise, et vous obtenez un terrain miné. Pragmatique, Obama explique que le compromis «fait partie du jeu». Jusqu'à quel point?
Philippe Berry